Raymond Morin

Klout : une semaine d’enfer!

Par Raymond Morin, le 4 novembre 2011
Klout : une semaine d’enfer!

Depuis que Klout a apporté les changements à son algorithme, la startup californienne a vécu une véritable semaine d’enfer. Malgré la levée de 30 millions de dollars avec la firme Kleiner Perkins, ce qui lui permet de faire grimper son évaluation à plus de 200 Millions $), Klout a été sérieusement ébranlé par le flot incessant de critiques et d’abandons.

Un pied dans la tombe ?

Dès le lendemain des changements, les réactions n’ont pas tardé. Dans un premier billet sur Locita, KLOUT : des changements majeurs!, quelques explications sur la nature des modifications étaient données. À première vue, le simple fait qu’on accordait dorénavant une réelle valeur à l’activité dans les autres réseaux sociaux (plus seulement Twitter) apparaissait comme une bonne nouvelle. On pouvait croire que Klout délaissait enfin les mesures exclusivement quantitatives pour se tourner davantage vers des indices qualitatifs. En fait, après une plus grande analyse, on comprend qu’il n’en est rien. Plus que jamais, l’algorithme priorise la mesure des «impressions».

C’est aussi ce que dénote Morad Benyoucef, (Telfer School of Management, University of Ottawa) dans un très bon article de Dan Vergano, dans The USA Today : Experts Differ on Klout’s Clout. Il soutient qu’en privilégiant les Topics, et la mesure des «impressions» qui en découlent, au détriment des conversations et des échanges véritables, Klout ne fait que mesurer comment un message, avec certains mots-clés, peut voyager ; jusqu’où il se rend, par qui il est initié et qui le relaie, qui le commente… Pour les entreprises, en quête d’une masse critique pour analyser l’impact de leur marque dans les réseaux sociaux, ça devient un outil d’autant plus intéressant.

L’importance que Klout apporte désormais aux «Topics» semble aussi faire sourciller plusieurs utilisateurs. Dans le même article, Kevin Curran, du Northern Ireland’s University of Ulster, mentionne qu’avec les changements apportés au Klout Score, le score moyen n’est plus 50, mais plutôt 20. Au-dessus de 50, vous vous retrouvez dans le 95% percentile. Il reconnaît que ça permet d’identifier plus facilement les influenceurs par secteur de marché, et que ça favorise l’utilisation des entreprises et du programme Klout Perks. Il note, avec une pointe d’ironie, que Klout favorise les utilisateurs qui obtiennent des «impressions» de façon continue, ceux qui savent continuer d’alimenter la résonance même lorsqu’ils n’y sont plus. On valorise désormais davantage les «Prince of Cyberspace» et les «Captains of Industry»…

Un weekend d’horreur!

À l’approche de l’Halloween, Klout a aussi vécu son week-end d’horreur. Durant toute la fin de semaine, le débat sur les changements apportés par Klout s’est poursuivi. Dans SocialMediaToday, samedi matin, Megan Berry (@MeganBerry), directrice du marketing de la startup californienne, a d’abord répondu (par courriel) aux questions de Mike Johansson (@mikefixs) : Klout Responds to Questions and Critics.

De manière pas très convaincante, elle a reconnu que Klout accordait dorénavant plus d’importance dans le score à la résonance du réseau des utilisateurs (Network Influence), mais n’a pas semblé trouver de réponses satisfaisantes aux critiques voulant que ça favorise un système de classement faussé par la résonance. Pas plus qu’elle n’a su calmer le ressentiment que plusieurs professionnels éprouvent devant le manque de transparence et de considération démontrés aux utilisateurs dans la manière d’apporter les changements. Cette façon, plutôt cavalière, de l’entreprise de modifier les règles du jeu en cours de route, semble irriter plusieurs utilisateurs de la première heure.

Dans un billet très acerbe, Is Klout On The Way Out?, paru le même jour dans SocialMediaToday, Jure KLEPIC (@jkcallas) critique ouvertement la manipulation qu’exerce Klout. Il relève, avec justesse, qu’en changeant aussi drastiquement l’algorithme, sans explications transparentes, Klout manque de considération envers les professionnels, et favorise plutôt les entreprises et son programme Klout Perks. En resserrant le calcul de l’amplification (Amplification Score) et de l’impact du réseau (Network Influence), tout en augmentant considérablement la résonance (True Reach), le nouvel algorithme nous ramène finalement à des indices quantitatifs, et aux «impressions», plutôt qu’à l’influence. Il relève le cas de #TeamFollowBack qui a vu son score augmenter, alors que sa fonction de spammeur est reconnu de tous les utilisateurs.

La nuit des morts vivants.

Dans son blogue, Jason Yormark (VP Strategies 360, Seattle) parlait quant à lui d’apocalypse : Have You Survived The KloutPocalypse, en se moquant gentiment de l’importance que certains y accordent. Pour la plupart, ça c’est effectivement révélé une hécatombe. Il n’en fallait pas plus pour que s’organisent des mouvements de contestations partout dans la blogosphère : Occupy Klout a vu le jour, aussitôt relayé par le Blog du Modérateur : Occupy Klout, les indignés de Klout : Why U So Serious?. Quelques jours plus tôt, sur le blogue de BoumBox, on suggérait même aux internautes Comment hacker Klout.

De manière générale, durant toute la semaine, on a sentit la rogne se répandre. Une profonde déception qui s’est traduite par une désaffectation généralisée. Pour plusieurs professionnels du Web, les changements se sont avérés catastrophiques ; en effet, pour eux c’est soudainement devenu embarrassant de ne pouvoir expliquer à un client pourquoi son Klout score venait de chuter de 30 à 16… D’autres, se sont inquiétés des effets négatifs sur leur propre carrière.

Sans connaître les chiffres exacts, on peut certainement avancer que Klout a perdu des plumes, et des milliers d’utilisateurs. Il n’y a qu’à lire l’échange et les réactions de Sean McGinnis (@seanmcginnis) et Chris Brogan (@chrisbrogan) au billet de Jane Boyd (@boydjane) : #FamilyKlout Matters More Than Improving Your #Klout Score pour s’en convaincre.

Avec ces changements majeurs, qui sont loin de faire l’unanimité, Klout vient peut-être de creuser sa propre tombe. Chose certaine, le débat n’est pas terminé et va encore se poursuivre à travers les réseaux sociaux.  C’est à suivre…

Qu’en pensez-vous? Commentez cet article, et partagez votre opinion sur le sujet.

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Auteur et blogueur, Raymond Morin a publié deux livres...

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