Benjamin Cabanes

[Interview] Sebastian Stadil, fondateur et “CEO” de Scalr

Par Benjamin Cabanes, le 30 janvier 2012
[Interview] Sebastian Stadil, fondateur et “CEO” de Scalr

Sebastian Stadil est un jeune entrepreneur franco-américain diplômé de l’ESC Lille, fondateur de la startup Scalr. Implantée depuis 3 ans à San Francisco, Scalr propose un logiciel en ligne “open source” de gestion de services “cloud computing” (cloud computing management platform). Le service offre trois principales fonctionnalités: mise à l’échelle automatique (autoscaling management), la maintenance corrective (disaster recovery) et la gestion de serveurs (server management).

Considérons l’exemple suivant pour mieux comprendre le produit:

Lorsqu’un flux important de visiteurs se présente aux caisses d’un magasin, un manager décide alors d’ouvrir de nouvelles caisses pour réguler rapidement cet afflux. Scalr joue le même rôle pour des serveurs hébergés chez Amazon Web Services, Rackspace ou d’autres services. Lorsque les serveurs d’un site web ou d’une web application sont surchargés, Scalr en ouvre automatiquement de nouveaux pour faire face à cette demande. Au contraire, lorsque la demande diminue, Scalr ferme automatiquement les serveurs inutiles. Cette fonctionnalité est appelée autoscaling ou mise à l’échelle automatique.

La startup, a déjà atteint son seuil de rentabilité et connaît actuellement une forte croissance.

Plus de 6000 entreprises utilisent aujourd’hui le logiciel Scalr dans le monde.

Bonjour Sébastian, quelles sont les raisons qui t’ont amené à fonder Scalr ?

Tout a commencé lorsque j’étais au lycée. Je m’intéressais déjà aux technologies et aux moyens d’optimiser les capacités de différents systèmes informatiques. J’avais rédigé un article sur mon blog sur l’optimisation de la fréquence d’achat et de l’espace disponible d’un disque dur pour un budget donné. Mon article avait été repris sur slashdot.org et mon blog avait reçu plus 500 000 visites en l’espace de quelques heures. Ce qui devait arriver, arriva : mon site planta. Je venais d’écrire un article sur l’optimisation des capacités des systèmes informatiques et je n’étais même pas capable de gérer le trafic de mon propre site web. J’ai donc eu la certitude que ce sujet avait de l’avenir. L’occasion de retravailler dessus s’est présentée quelques temps plus tard, lors d’un stage de césure à Palo Alto.

Lorsque je suis rentré en France pour finir mes études, j’ai commencé à développer un “framework open source” pour gérer efficacement le service EC2 d’Amazon. Suite à un article de Techcrunch concernant mon travail, j’ai reçu de nombreux messages et j’ai alors pris conscience qu’il existait une véritable attente et un marché potentiel. J’ai ainsi décidé de fonder la société Scalr en 2008.

Pourquoi avoir choisi la Silicon Valley pour fonder Scalr ?

Tout d’abord, j’avais gardé un excellent souvenir de mon stage à Palo Alto. De plus, créer une société aux États-Unis est infiniment plus facile et rapide qu’en France. Il y avait aussi un côté « aventure » à partir créer sa startup dans la Silicon Valley. Avec le temps, je me suis rendu compte que c’était le meilleur choix à faire. Côtoyer un grand nombre de startups et être entouré des dernières innovations technologiques permet d’apprendre plus vite et de développer un très bon réseau professionnel.

Peux-tu nous présenter ton équipe et tes perspectives de développement ?

La Silicon Valley doit actuellement faire face à une pénurie significative d’ingénieurs. Pour de petites startups comme la nôtre, il est très difficile d’embaucher de jeunes talents. Les salaires proposés par les grands groupes ne nous permettent pas d’être compétitif sur le marché de l’emploi. Mon équipe de développement est aujourd’hui constituée de 10 ingénieurs basés en Ukraine, où la main d’oeuvre est très qualifiée et les ingénieurs de très haut niveau.

Du côté de San Francisco, nous sommes une équipe de 4 personnes, exclusivement chargée des ventes et du marketing. Actuellement, la majorité de nos clients sont des petites et moyennes entreprises. On peut citer par exemple, TweetStats. L’objectif est maintenant de se focaliser sur l’acquisition de grands comptes, comme nous sommes parvenus à le faire avec Samsung ou Disney.

Comment se positionne Scalr face aux autres acteurs du marché ?

D’autres entreprises sont actuellement positionnées sur le même marché. Je pense particulièrement à RightScale et à Enstratus. Cependant, notre principal concurrent est le « Do it yourself » : de nombreux développeurs bricolent leurs propres solutions. De plus Scalr est un logiciel “open source”, ce qui nous pose parfois problème pour promouvoir notre solution payante SaaS (software as a service).

Sebastian, tu as aussi fondé le Silicon Valley Cloud Computing Group, peux-tu nous donner ta vision du marché du “Cloud Computing “?

J’ai fondé ce groupe en 2007 pendant mon stage à Palo Alto. Le groupe a commencé par réunir 5 à 6 personnes autour de l’actualité des technologies du “cloud computing”. L’idée était de réunir des passionnés et d’apprendre ensemble. Aujourd’hui, le groupe compte plus de 5 000 membres et chaque événement réunit 600 professionnels.

Comme beaucoup d’autres, je pense que le “cloud computing” va continuer de croître, y compris dans des domaines surprenants tels le secteur financier (comptabilité, banque et gestion de patrimoine) ou personnel (photos et documents).

Néanmoins, j’ai observé que ce gain de popularité n’est pas uniquement lié à une réduction des coûts de fonctionnement, comme la presse le mentionne souvent. Le “cloud computing” permet avant tout de gagner en praticité (un site comme backblaze.com facilite grandement les sauvegardes de disques, alors que cela peut devenir très complexe avec son propre équipement), en “agilité opérationnelle” (Netflix pourrait ainsi lancer son service dans un nouveau pays en quelques heures s’il le souhaitait) et en vitesse. Prenons Gmail par exemple. Il est bien plus facile et économique d’ouvrir un nouveau compte que d’acheter un serveur mail, installer postfix et s’y connecter. Le “cloud computing” est en fin de compte une continuation de la spécialisation des activités. Ses avantages reposent essentiellement sur la facilité (ou parfois l’absence du besoin) d’effectuer des mises à jour, dans la mise en commun de ressources et dans la mobilité des informations.

Vidéo de présentation de Scalr:

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Benjamin est étudiant en école d’ingénieur et co-f...

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