Un voyage en France avec les Stentors

Locita a rencontré Les Stentors entre deux répétitions de leur concert au Palais Omnisport de Paris Bercy. Entretien avec un groupe plein d’énergie et de joie de vivre, très loin de ce que certains pourraient penser de l’opéra.

Sur la photo (de gauche à droite) : Mathieu Sempere, Mowgli Laps, Sébastien Lemoine et Vianney Guyonnet.

Locita : Bonjour les Stentors ! Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Sébastien : En boîte de nuit à quatre heures du matin, après avoir chanté Les Corons (rires). Non non, c’était bien avant le projet des Stentors, sur des scènes d’opéra où l’on a travaillé les uns avec les autres, mais jamais tous les 4 ensemble. Quand j’ai eu l’idée de monter le projet, j’en ai parlé à ces trois personnes là, je savais qu’ils étaient amoureux de la chanson française, et surtout capables de chanter les chansons correctement, sans qu’ils aient forcément des voix d’opéra pures. Immédiatement ils m’ont dit oui.

Locita : Vous étiez amis ?
Mowgli : Plus collègues en fait, le milieu lyrique n’est pas immense. J’avais bossé avec Vianney dans la flûte enchantée, ma copine, chanteuse, avait bossé avec Mathieu mais je ne le connaissais pas directement.
Mathieu : Moi j’avais chanté avec Sébastien, et avec Vianney.
Sébastien : Ma femme avait bossé avec eux… C’est un monde assez petit.

Locita : Concernant votre parcours, vous venez tous de l’opéra ?
Mathieu : On vient tous du conservatoire, on a une formation classique tous les 4 et on a tous choisi l’opéra mais avec des chemins parallèles que cela soit de la comédie musicale, de l’opérette,… puis on s’est retrouvés sur la chanson française qui est un chemin de plus.
Sébastien : J’ai commencé par la chanson avant de commencer l’opéra, je chantais dans les bars, je suis un chanteur de variétés depuis toujours mais je n’en faisait pas mon métier, j’étais aviateur. Je continuais à chanter, puis je suis devenu chanteur d’opéra et puis je suis revenu à mon premier amour : la chanson française.

Locita : Vous avez des activités en dehors du groupe ?
Tous : On continue nos carrières, ce qui permet de maintenir la voix en place, de travailler tous les jours.
Mathieu : Continuer à chanter de l’opéra, c’est une hygiène de vie que nous devons maintenir. Ce qui nous permet aussi d’avoir une légitimité en tant que Stentors, chanteurs d’opéra qui chantent de la variété, de la chanson française. Si on arrêtait de chanter de l’opéra à côté, on ne perdrait pas notre voix mais la technique partirait un peu. On serait des chanteurs de variétés qui chantent des variétés.
Sébastien : Nous sommes des chanteurs qui chantons tantôt de l’opéra, tantôt de la variété, nous pouvons faire les deux.
Mathieu : Le genre de notre musique, c’est de la variété avec des voix lyriques, c’est le lyrique qui vient à la rencontre de la variété.
Mowgli : Nous sommes des chanteurs lyriques qui décidons de faire un cross-over entre le lyrique et la variété…
Sébastien : …des chanteurs à voix comme sont le sont Céline Dion, Michel Sardou, Florent Pagny, Johnny Hallyday,… Notre différence, c’est que nous chantons de l’opéra.

YouTube Preview Image

Locita : On vous a connus avec la reprise de la chanson de Pierre Bachelet “Les Corons”, pourquoi cette chanson plutôt qu’une autre ?
Sébastien : Quand la question du thème de l’album s’est posée, nous nous somme dis : «Et pourquoi pas un voyage à travers les régions de France ?». Ça a été la chanson, l’hymne. Les Corons est une chanson connue de tout le monde c’est l’hymne, la Marseillaise du Nord ! C’est une chanson très lyrique qui se prêtait parfaitement à nos voix.
La question n’a pas vraiment été celle là mais plutôt : «Quelles chansons pouvons nous mettre avec Les Corons pour que tout ne retombe pas ?» (rires).
Mowgli : Cette chanson a une vraie histoire, c’est une oeuvre à elle toute seule.

Locita : Pourquoi avoir précisément choisi ce thème des lieux ou villes de France ?
Sébastien : On vient tous les quatre de quatre régions différentes, on passe nos vies dans les régions, la France c’est notre deuxième maison : quand on va faire des productions, on est toujours en dehors de chez nous. C’était naturellement que l’on pouvait défendre ce répertoire. C’est quelque chose qui n’avait jamais été fait, et on s’est rendu compte qu’il y avait une liste de titres colossal et extraordinaire. Il fallait trouver des chansons connues de tout le monde, des tubes qui puissent représenter toutes les régions.

Locita : Vous ne chantez que des reprises sur cet album, c’est un choix ?
Sébastien : A l’opéra, on ne fait que des reprises et personne ne s’offusque de la 18 000e reprise de Carmen. Une reprise est une oeuvre qui a été créée et que l’on reprend. Le tout est d’y amener quelque chose. Quand on remet en scène un opéra, on y amène toujours quelque chose. Là, on fait de la re-création. Il y a des conditions économiques, artistiques, que l’on se pose lorsqu’on souhaite écrire des chansons. Bien sûr on n’exclue pas la chose. Dans la vie d’artiste, créer quelque chose, c’est formidable et ça nous fascine.
Mathieu : Là déjà, on recréée car le répertoire a été écrit pour une seule personne. Le fait d’apporter 4 voix ensemble, avec des harmonies, on redonne une autre couleur à la musique et aux arrangements qui ne sont pas originaux. On redécouvre le titre.
Sébastien : on a fait des reprises mais on a fait un travail considérable dessus. Il a fallu mettre 4 voix où il n’y en avait qu’une, mettre des arrangements lyriques et symphoniques là où des fois il n’y avait qu’un accompagnement de guitare comme sur L’Auvergnat.
Mowgli : A nous 4, on a la formation de base d’un corps d’Opéra, ténor 1 (Mathieu), ténor 2 (moi), baryton et baryton-basse. Au niveau des couleurs, on peut vraiment faire une palette étendue qui n’avais jamais été faite.

Locita : Vous apportez donc chacun votre touche et vos arrangements ?
Sébastien : C’est un travail collégial !
Mowgli : Par nos carrières lyriques, on a fait de l’opéra, de la comédie musicale, de l’opérette, de l’oratorio. On a essayé de mettre toutes nos expériences personnelles dans ce travail commun.
Sébastien : Nous avons une base commune : Michel Sardou, Jacques Brel, Charles Aznavour, des influences du monde, chacun d’entre nous a des histoires différentes. Mais le socle commun, la formation de ce groupe nous a réuni.
Mathieu : Beaucoup de nos collègues sont hermétiques à cette musique là, on s’est trouvés tous les quatre à avoir cette ouverture d’esprit. Ce répertoire de chansons françaises est un répertoire magnifique, du patrimoine, de la grande musique, et nous allons y apporter nos voix travaillées et essayer de recréer un morceau à partir de ça.
Mowgli : Certains de nos collègues pensent que nous démocratisons l’opéra. À la fin de nos spectacles, on chante de l’opéra, le public est ravi, un pont se construit entre deux mondes.
Sébastien : On a fait un travail artistique qui tient la route, les gens qui aiment ce répertoire disent que c’est génial, ce qui n’aiment pas disent «je n’aime pas mais je trouve ça bien fait». Personne ne pense que l’on a été se soudoyer dans un sous répertoire. Le monde lyrique a un profond respect pour la bonne chanson qui n’est peut être pas celle qui se fait aujourd’hui. Mais on balaye quand même 60 ans. Et sur 60 ans, il est facile de trouver beaucoup plus de chefs d’oeuvre que sur une année.

Locita : En parlant de la musique d’aujourd’hui, qu’écoutez vous en ce moment ?
Mathieu : Tal, Zaz, Bénabar,..
Sébastien : Lynda Lemay…
Mathieu : …jusqu’à Sexion D’Assaut.
Sébastien : …j’ai adoré Gossip, Birdy.

Locita : Comment se passent les répétitions ?
Sébastien : C’est comme là, travailler dans une bonne ambiance ne veut pas dire ne pas travailler. On ne laisse pas place à l’improvisation. Cela ne veut pas dire faire cela dans la tristesse ou dans l’austérité. Mais dans la bonne humeur et dans la bonne entente, ce n’est pas incompatible.
Mowgli : Dans le milieu de la voix, du spectacle, de l’opéra, une fois que tout est calé, il faut s’amuser.
Sébastien : C’est du divertissement…
Mathieu : Si nous on ne s’éclate pas sur scène, le public ne s’éclatera.
Sébastien : Une fois sur scène, ce que voient les gens c’est le plaisir qu’on prend à chanter pour eux. Mais avant ça il y a une masse considérable de travail, ce n’est un secret pour personne.

Locita : On vous confond souvent avec Les Prêtres, savez-vous pourquoi ?
Sébastien : C’est parce que je m’appelle Lemoine en fait (rires).
Mathieu : On peut bénir quelqu’un si vous avez besoin (rires).
Sébastien : C’est un groupe de garçons, on a la même maison de disques, on est arrivés juste après eux, on a fait comme eux des reprises de chansons françaises. Ce que ne savent pas les gens, c’est que l’on est arrivés avant l’émergence des prêtres, on a fait un album en Suisse avant celui là. Les gens nous confondent, cela ne nous dérange pas. On a vendu 300 000 albums, on est triple disque de platine, mais on ne nous reconnaît pas encore dans la rue. Il faut plus que 300 000 albums et 6 mois de médiatisation pour que l’on soit identifié comme ces 4 garçons, les Stentors.

Locita : Qui est votre public ?
Sébastien : C’est un immense panel, au aurait du mal à ressortir quelqu’un
Mowgli : Ça va du plus vieux au plus jeune, notre dernier clip Châtelet les Halles qui a été chanté par Florent Pagny, entre des choses plus anciennes et d’autres beaucoup plus actuelles.
Mathieu : Notre public c’est un peu de 7 à 77 ans comme diraient certains…
Sébastien : On a de vraies groupies qui ont 18 ans. C’est difficile d’en ressortir une tranche d’âge précise. Une anecdote par exemple, des gens sont venus nous voir, il s’étaient trompés de groupe. Ils ont eu des places pour le concert des Stentors, à Armentières. Ils pensaient que c’était un groupe de métal, ils sont venus, ils ont tout de suite compris que ce n’était pas ce à quoi ils s’attendaient. Ils sont venus nous voir à la fin, ils ont adoré ce qu’on a fait, c’était quand même incroyable.

Locita : Que pensez-vous des sites comme My Major Company ?
Sébastien : C’est une adaptation très intelligente à la crise que traverse l’industrie du disque. Je suppose que ce système aura aussi ses limites. Avant, quand vous alliez démarcher les maisons de disques, vous étiez au milieu de centaines de projets, et ils pouvaient passer à côté de choses très bien. Mais je trouve ça très bien de savoir ce que les gens pensent d’une musique. Si on a pas séduit ce public par ce moyen là, on ne pourra pas les séduire autrement. Le verdict, le seul juge, et ce qui devrait être toujours le cas, c’est le public. Si le produit qu’on lui présente ne lui plaît pas, il ne l’achètera pas.
Mathieu : Après il faut vendre les disques. Si la maison de disques se plante, il n’y aura pas de public, alors pourquoi ne pas le faire dès le début ? Il faut que ce soit le public qui dise ce qu’il a envie d’entendre.

Locita : Un mot pour finir l’année 2012 en beauté ?
Mathieu : Joyeux Noel ! (rires)
Mowgli : On continue notre tournée en 2013, venez nous voir sur scène, on est des chanteurs de scène, avant d’être des chanteurs sur CD !

Album “Voyage en France”
Sorti le 12 mai 2012
300 000 albums vendus
Triple disque de platine

Concerts
Dimanche 06 Janvier 2013
CHENNEVIERES SUR MARNE (94 – Théâtre)

Samedi 23 Mars 2013
LILLE (Théâtre du Casino)

0 comments

Trackbacks

Votre adresse email