Company Campus : self-incuber les start-ups ?

Dès l’arrivée dans les locaux de Company Campus on note qu’il y a quelque chose de nettement en décalage avec l’esprit institutionnel d’une entreprise lambda.

Tous les éléments qui composent le mythe de la start-up sont réunis : certains ont adopté les stations de travail debout, on repère quelques consoles de jeux, des canapés dans le fond, les peluches de personnages cultes de l’univers geek (un très joli tux d’ailleurs), et bien entendu une dizaine de personnes derrière leurs écrans d’ordinateurs couverts de stickers.

Parmi elles, Quentin Adam, CEO de Clever Cloud, l’une des start-ups qui composent le Company Campus, qui a eu la gentillesse de répondre à cette interview.

Company Campus : genèse et positionnement

Lorsque Quentin Adam a décidé de déménager son activité dans ses locaux actuels à l’Île Rouge dans le quartier de la création à Nantes, plusieurs autres start-ups locales l’ont rejoint, d’abord pour pouvoir payer cet espace, mais aussi et surtout pour partager sa vision. Celle d’un espace décloisonné, d’un environnement où la proximité et le mélange favorisent la synergie des idées et stimulent la créativité de chacun. C’est à ce moment, aux environs d’octobre 2011, qu’est né ce modèle de self-incubating qui est aujourd’hui la ligne directrice de Company Campus.

Ci-dessous, Quentin Adam (à droite) et Arthur Tayrac son designer

Quentin Adam et Arthur Tayrac

Il est important de différencier ce modèle de self-incubating et celui d’incubateur. Pour reprendre l’image, assez parlante, du CEO de Clever Cloud :

L’incubateur est une poule qui couve ses oeufs, tandis que le self-incubateur c’est plein de petits poussins qui se tiennent chaud.

L’incubateur suit son “poussin”, sa start-up. Régulièrement l’organisation préconise des directions stratégiques à prendre. Il y a un véritable accompagnement du projet. Company Campus a une démarche sensiblement différente puisqu’elle fait davantage office d’accélérateur d’idées, Quentin Adam explique :

Il faut que tout le monde garde la tête dans le guidon.

Les CEO des différentes entreprises présentes collaborent en permanence : que ce soit pour du transfert de compétences sur des projets ou l’échange d’idées autour d’un déjeuner.

C’est en ce sens que Company Campus vient compléter deux offres distinctes déjà présentes dans la région nantaise : Atlanpole, qui lui est un incubateur, et Atlantic 2.0 qui est davantage une association proposant des événements et des espaces de coworking dédiés aux professionnels du web (start-ups, web-agencies, indépendants, etc.).

La disposition géographique de Company Campus n’est également pas fortuite. Contrairement à Atlanpole, Quentin Adam estime que :

Le dynamisme de Nantes, la bonne distance avec l’écosystème parisien (assez pour faire un peu de networking de temps en temps) et l’espace alloué lui permettent de profiter au mieux de son activité.

Une fois que le concept avait germé et prouvé son efficacité, il était temps de le lancer officiellement : deux jours avant le Web2day, qui s’est tenu le 30 mai et 1er juin derniers à Nantes, l’oiseau avait officiellement quitté le nid. Company Campus en la personne de Adrien Crette, en charge des relations publiques, a d’ailleurs profité du Web2day pour convaincre Fleur Pellerin, la ministre en charge du numérique alors en visite à Nantes, de venir découvrir les locaux du self-incubateur.

Ci-dessous, Fleur Pellerin au Company Campus.

Fleur Pellerin au Company Campus

Nantais et responsables

C’est très important pour nous d’être à Nantes dans le quartier de l’Île Rouge.

Cette proximité avec le coeur culturel et artistique de Nantes permet à Company Campus de s’ancrer dans cette dynamique d’innovation et surtout de promouvoir la ville dans l’espérance peut-être d’en faire, un jour, un pôle majeur du numérique. Cette forte identité nantaise qu’ils revendiquent est pour eux une plus-value : Nantes a une réelle offre numérique qui peut aujourd’hui devenir un argument en terme d’attraction territoriale.

D’un point de vue tout à fait différent, Company Campus a également développé une conduite managériale qui se veut responsable et “incentive”. Un exemple parmi d’autres : Quentin Adam arbore un étrange biberon, le Gobi. Ce produit made in France a pour objectif d’encourager les salariés à boire plus d’eau au bureau grâce à un produit écologique, sans Bisfénol A, avec, en plus, un design attrayant.

On fait des tests, on découvre, c’est l’esprit Company Campus.

Cette culture de la nouveauté n’a d’ailleurs d’égal que la volonté de vivre dans un environnement sain et durable :

Les gens viennent majoritairement à vélo, on se déplace beaucoup green […] c’est notre truc.

Ci-dessous, Standing desk et Gobi (à droite)

Standing desk et Gobi

Une ambition calquée sur le modèle outre-atlantique

A terme, Company Campus aimerait pouvoir accueillir les personnes ayant un pitch, une idée, leur donner une somme allant jusqu’à 25 000 euros (et recevoir en contre-partie 10% du capital) pour qu’ils puissent tester leur idée sur 3 à 4 mois. Passés ces 4 mois d’observation, si le projet est toujours viable il sera temps d’avoir recours à un véritable fond d’investissement pour financer véritablement le concept. Ce modèle est directement inspiré sur ce que font des accélérateurs américains comme Plug N’ PLay Tech Center, chose qui n’existerait pas en France. Il estime d’ailleurs clairement que Le Camping à Paris est un espace de co-working mais n’offre pas la possibilité à des entreprises de travailler ensemble dans des locaux fixes à l’instar de Company Campus.

Quentin Adam déplore :

On a tendance à sous-fundé ou sur-fundé, soit l’idée est géniale et tout le monde participe (le privé comme le public) soit personne ne met rien, mais il n’y a pas un peu d’argent pour vérifier que l’idée est bonne ou mauvaise.

Résultat : des idées qui paraissaient bien au début dans lesquelles tous les fonds se sont précipités mais qui, aujourd’hui, s’avèrent être mauvaises ne peuvent plus être coulées, vue la somme qui a déjà été investie. Dès lors, les fonds continuent de renflouer les caisses.

En outre, les fonds publics qui financent d’ailleurs Le Camping à Paris, peuvent effectivement aider les start-ups, mais par définition, il s’agit d’une aide étatique et non d’un fond d’investissement à proprement parler. Le Camping est une plate-forme très médiatisée qui a donc son intérêt mais l’Etat ne peut pas soutenir convenablement les start-ups à hauteur de leurs besoins. Être un incubateur, un accélérateur c’est viser la rentabilité : aider, donner des moyens en pariant sur l’avenir et sur les futurs profits du “poussin”. Plug N’ Play qui avait à l’époque lancé Pay Pal détenait une partie de son capital. On visualise dès lors beaucoup mieux ces enjeux de rentabilité. Mais pour tomber sur une pépite, il faut faire “de la masse”, comprenez investir massivement dans divers projets car c’est le principe même du “venture capitalisme” (capital risque en français).

Toutefois, l’entrepreneur concède que Kima Ventures, le fond d’investissement de Xavier Niel et Jérémie Berrebi qui a propulsé notamment iAdvize, tire son épingle du jeu :

Il y a des gens qui sont en rupture avec l’industrie. Apple l’a fait avec la musique, Kima Ventures l’a fait avec le capital risque.

Mais de façon générale la France serait trop frileuse et pas assez “aventureuse” justement :

S’il n’y avait pas de risque j’irai dans une banque.

Intense journée de travail à Company Campus

Ainsi l’un des objectifs majeurs pour Quentin Adam est donc de développer un accélérateur et de trouver où monter un fond d’investissement, à l’instar de Kima Ventures, prêt à risquer du capital pour faire émerger des idées nouvelles. Cette vision “de l’intérieur” permet de se rendre compte de certaines réalités quant au marché de l’innovation et des financements en France.

Et vous ? Pensez-vous qu’il y a effectivement un problème d’ordre structurel qui grippe la machine de l’innovation en France ? Quelles pourraient être les solutions ? N’hésitez pas à réagir dans les commentaires !

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