De précaires numériques à indignés réels

Le mouvement amorcé par les indignés, démarré numériquement, commence à prendre une certaine ampleur sur la planète : New York, Los Angeles, Paris, Nantes, Madrid, Barcelone, les gens se réunissent et font part de leur indignation. Indignation à quoi ? Au système qui les laisse sur le carreau.

Loin des clichés habituels qui veulent que les précaires sont des paresseux, le mouvement des indignés réunit des diplômés, des travailleurs, des étudiants et cette mixité socioprofessionnelle se retrouve également sur le blog payetonprecaire.

Cet ONNI (Objet Numérique Non Identifié) est tenu par trois jeunes femmes qui collectent des témoignages, des dessins, des astuces sur le thème de la précarité et en parcourant ce blog, on prend une claque. Car, comme pour le mouvement des indignés, on est loin des clichés habituels. Celles et ceux qui témoignent ont des formations, des diplômes, des métiers, mais restent sur le côté : pas d’emploi ou alors des contrats précaires, difficultés budgétaires, la peur de finir dans la rue, les remarques désagréables, bref, tout y passe, mais toujours avec un certain humour.

Et surtout, cet aveu terrible qui saute aux yeux : l’échec de la société française. Cette société qui martèle régulièrement qu’elle est solidaire, qu’elle n’abandonne pas ses précaires, qu’elle les aide.

Le blog payetonprecaire démontre le contraire.

Arrivé à ce constat d’échec, la question est comment ?

La faute au Code du Travail ? Peut-être. Le fait est que les diverses législations sociales ont rendu les licenciements très difficiles sur le plan administratif et qu’à moins d’être une grosse entreprise, il est malaisé de licencier quelqu’un sans risquer de se retrouver aux Prud’Hommes. Conséquence ? Des embauches stables qui se font plus difficilement. Chez les journalistes, par exemple, cela se traduit par des contrats de plus en précaires et par leurs remplacements par des blogueurs, parfois payés au lance-pierre, quand ils sont payés. Dans le community management, par des offres de stages. Dans la sécurité informatique, par le recrutement de personnes moins compétentes mais moins chers, avec tous les risques que cela comportent. Dans le domaine de la recherche, par la désertion des filières recherches car les débouchés sont rares et peu valorisés.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Conséquences ricochets : ceux qui peuvent aller dans la fonction publique y vont sans hésiter, sécurité de l’emploi oblige et ceux qui peuvent s’exporter le font sans état d’âme. Il suffit de constater la migration vers le Canada, plus particulièrement vers Montréal.

On a tellement voulu protéger les salariés qu’on a crée l’effet inverse : les salariés ne sont plus salariés.

On aurait pu croire que le numérique allait changer la donne et que le régime de l’auto-entrepreneur allait favoriser l’emploi. Encore une fois, payetonprecaire montre le contraire. A moins d’avoir financièrement les reins très solides, d’avoir un très bon réseau et un projet très innovant, c’est l’échec, la conjugaison des trois éléments étant essentiel. Rater son projet signifie, non pas revenir à la case départ, mais être dépourvu de toutes formes d’aides.

Par ailleurs, là où les États-Unis considèrent que l’échec entrepenarial est une façon de se former, la France considère simplement que c’est un échec.

Avec la crise financière, qui ne semble pas s’arranger, ces quelques éléments expliquent l’ampleur que commence à prendre le mouvement des indignés à travers la planète.

Et si on s’amuse à impliquer le phénomène des Révolutions Arabes dans cette équation, on se dit que ce qui risque de faire exploser la situation est bien la question de la précarité.

Quant à la France, les différents candidats aux élections présidentielles devraient peut-être réfléchir à des solutions réellement positives et impactantes pour l’emploi. La grogne numérique risque de devenir une véritable grogne physique.

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