Falk Richter nous ouvre les portes de son jardin secret

On ne change pas une équipe qui gagne.

Si ce proverbe est vrai, alors il faut s’attendre à voir bientôt de nouvelles collaborations entre Stanislas Nordey et Falk Richter.

« My secret garden » est, comme son nom l’indique, un spectacle écrit par Falk Richter à partir de son propre journal intime, de ses notes et de ses écrits.

La mise en scène est signée Stanislas Nordey, qui interprète dans le même temps le personnage principal de la pièce. Si son nom vous parle, c’est peut-être parce que c’est aussi le metteur en scène de la « Métamorphose », adaptée à l’opéra en 2008 à partir de l’œuvre de F. Kafka.

Un duo de choc donc, complété par Anne Tismer, une comédienne allemande singulière, surprenante, fougueuse, spontanée, amusante et multi talents.

La performance commence par un monologue très animé de Stanislas Nordey. Ce sont quarante-cinq minutes pendant lesquelles on arrêterait presque de respirer tant le sujet est intéressant, le style animé et l’énonciation parfaite.

C’est, certes, un choix audacieux, mais la performance est incroyable et le discours est juste.

On y retrouve, en vrac, des idées, des vérités, des souvenirs, des opinions, des sentiments… finalement une sorte de « mise à nu », qui engendre très vite une proximité, voire une complicité, entre l’acteur et le public.

En toile de fond : l’Allemagne, la guerre, la politique, les rapports humains… autant de sujets « complexes » mais pourtant si rarement traités « simplement ».

Pour passer d’une idée à une autre, Stanislas Nordey exploite un concept bien à lui : il réfléchit à voix haute aux éventuels titres qu’il pourrait donner à sa pièce.

Astucieuse, audacieuse et surtout très vivante, cette technique nous emmène vers des scénarii improbables et des alternatives plus étonnantes les unes que les autres.

Puis entrent en scène les deux autres personnages, qui viennent littéralement donner vie à chacune des idées évoquées par Stanislas Nordey.

L’ensemble se résumant presque à cette seule phrase, martelée à plusieurs reprises par les différents protagonistes : « Putain comme tout est triste, et solitaire, et merdique ».

Il y aussi une notion, presque omniprésente tout au long de la pièce et avec laquelle le metteur en scène aime à jouer ; c’est la notion de « frontière ».

  • Frontière, du point de vue du langage, tant dans le fond (il flirte avec les sujets sensibles), que dans la forme (il jongle entre les différents types de discours, le style direct se mêle à l’indirect…)
  • Frontière, du point de vue des personnages interprétés : ils sont nombreux et se mélangent, se complètent, se croisent.
  • Frontière, du point de vue physique: les acteurs multiplient les pas en dehors de la scène, sortent du champ, s’adressent directement au public.
  • Enfin, même dans les idées énoncées, la notion de frontière est présente. Quand Anne Tismer en vient à personnifier la colère, elle évoque un certain « mur ». De là a y voir un lien avec le mur de Berlin, symbole de frontière très fort, il n’y a qu’un pas…

Tout est surprenant dans cette pièce, des thèmes abordés au jeu des acteurs, en passant par le décor, que longtemps on croit être un simple « panneau de fond »…

Tout se croise, se mélange, tout se savoure et surtout tout est réuni pour en faire une pièce absolument inoubliable.

A voir tous les jours jusqu’au 13 mai 2012, au Théâtre du Nord de Lille.

Plus d’informations sur theatredunord.fr

Crédits photos: Christophe Raynaud de Lage theatredunord.fr

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