La moitié des possesseurs de smartphone le tiennent d’une seule main

Un spécialiste américain de l’UX design sur mobile depuis 15 ans, Steven Hoober, s’est penché sur la manière dont les possesseurs de smartphone tenaient leur appareil mobile lorsqu’ils l’utilisaient. Son équipe a observé pendant deux mois (entre novembre 2012 et janvier 2013), dans l’espace public, plus de 1300 utilisateurs en train d’utiliser leur smartphone. Les résultats ont été révélés sur le site UX matters la semaine dernière.

Des tendances fortes et variées

L’auteur prend soin de commencer son article sur les informations que son observation ne pourra pas fournir : la marque et le modèle du téléphone, l’activité exacte réalisée au moment de l’observation ainsi que des données socio-démographiques concernant les utilisateurs (âge, profession, CSP, ancienneté de possession du téléphone, etc.).

Cependant, comme toute observation, elle a permis de se rendre compte des gestes réels opérés par les utilisateurs et donc de lever certains a priori (en tout cas, ceux de l’auteur).

Il est tout d’abord intéressant de rapporter qu’il existe trois grandes manières de tenir son téléphone mobile lorsque l’on interagit avec celui-ci (c’est-à-dire pas uniquement pour téléphoner ou consulter du contenu):

- dans 49% des cas : avec une main

- 36% le tiennent avec deux mains mais seulement une seule agit sur l’écran

- une grosse minorité (15%) le tient à deux mains en utilisant les doigts des deux mains

Trois manières de tenir son téléphone pendant son utilisation

Si l’on pouvait s’en douter, c’est surtout la répartition qui peut surprendre : on aurait pu penser que la proportion des utilisateurs à une seule main soit plus grande. La génération du pouce (celle qui avait moins de 18 ans il y a dix ans) qui n’utilise qu’une main car elle fait autre chose de l’autre main reste certes dominante aujourd’hui, mais n’est plus la seule utilisatrice de ce support.

Le deuxième enseignement de cette étude américaine concerne la main utilisée. C’est bien sûr la main droite qui tient le plus souvent le téléphone, mais dans 67% des cas seulement. En effet, la proportion des utilisateurs de la main gauche (33%) est trois fois supérieure à la part de gauchers dans la population des Etats-Unis. On peut penser que pour un droitier, l’usage de sa main gauche sur le téléphone demandera moins d’effort cognitif que s’il l’utilisait à une autre tâche. Il réserverait alors sa main droite pour la tâche réalisée en simultanée.

D’autres éléments ont également été observés :

- lorsqu’on utilise les deux mains, c’est tout de même l’usage du pouce qui prédomine (dans 72% des cas) par rapport à celui d’un autre doigt (l’index surtout)

- la grande majorité (90%) consulte le mobile verticalement (en mode portrait) vs. 10% en mode horizontal. On peut s’étonner du fait qu’avec ce mode-ci la place accordée au clavier est plus grande et devrait donc inciter les utilisateurs à basculer en mode horizontal. Eh bien non. N’oublions pas que ce mode induit automatiquement une diminution de la place accordée à la visibilité du texte que l’on est en train d’écrire ou de la zone dans laquelle on agit. Or il est bon de rappeler qu’un utilisateur souhaite souvent avoir un feedback de ses actions, et s’il ne peut pas vérifier régulièrement ce qu’il fait, il aura tendance à rester en mode vertical.

Préférence pour le mode portrait malgré une zone potentiellement inaccessible (en rouge)

Les impacts sur le design d’une interface mobile

L’un des principaux enseignements reste que l’utilisation d’un smartphone est multiple (différentes actions à réaliser : envoyer un message, lire un texte ou regarder une vidéo) et qu’elle implique différents gestes (swiper, cliquer, écrire) à la fois sur l’écran et hors de l’écran.

Etant donné que la prise en main d’un téléphone change d’un usage à un autre, voire même au cour d’une même session, il est quasiment impossible de définir une prise en main figée et donc d’anticiper le rôle et l’usage des différentes zones de l’écran. En fonction de la prise en main du téléphone, certaines zones seront plus ou moins facilement accessibles par exemple.

Dès lors, on comprend bien qu’il soit difficile pour un UX designer de se contenter de mettre un call to action “dangereux” (au sens où la conséquence de l’action est assez radicale pour gêner l’usage en cours) ou des liens avec peu de valeur ajoutée dans une zone de l’écran hypothétiquement peu accessible. Par exemple en haut à gauche vis-à-vis du pouce droit. Car en effet, quel doigt est utilisé ? le pouce ou l’index ? et de quelle main ? gauche, droite ou les deux ?

Par ailleurs, en fonction du nombre de doigts utilisés sur l’écran, les éléments qui sont susceptibles de ne pas être vus sont plus ou moins nombreux et à différents endroits de l’écran.

On se rend alors compte que cette étude, loin de donner aux spécialistes UX des enseignements précis sur la manière d’exploiter le zoning d’un écran de smartphone, leur permet plutôt de prendre du recul avec certains a priori et d’envisager un maximum de situations avant de concevoir une interface pour mobile.

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