Leeaarn, la plateforme de cours collaboratifs, a invité Locita à la Master Class de Gilles Babinet sur le thème des révolutions entraînées par le numérique. Celui-ci, impliqué dans la promotion de l’économie digitale auprès des institutions publiques, a été le président du Conseil National du Numérique de 2011 à 2012.
Son intervention, dépassant le cadre classique des enjeux numériques, a mis en exergue les vrais impacts économiques du digital sur des sociétés ouvertes au changement. Après une revue pour le moins apocalyptique de la situation économique et écologique de notre monde (période de récession, 1000 milliards de dollars de risques climatiques d’ici 2040, la moitié des espèces qui pourrait disparaître d’ici 2100…), Gilles Babinet a dressé un tableau beaucoup moins noir et a fait preuve d’optimisme en mettant en avant les efforts entrepris par nos sociétés pour contribuer à une amélioration de nos conditions de vie : 30% de la population mondiale sortie du seuil de pauvreté depuis 1990, l’illettrisme divisé par 2, augmentation de la productivité des services sur Internet…
Selon les dires de Gilles Babinet, surtout, 5 révolutions vont changer la planète au cours des prochaines années :
#1 Education
Une révolution déjà en marche avec la mise en place de programmes et de platefomes qui vont faciliter l’éducation en ligne. Exemple le plus frappant : les MOOCs (massive open online course), cours ouverts en ligne, formation en télé-enseignement. Plus de 100.000 élèves avaient d’ailleurs assisté aux trois premiers MOOCs de l’université de Stanford au bout d’un mois. En parallèle, 200 millions de cours ont été donnés sur la Khan Academy de Sal Khan dans 73 pays. Sans parler du programme «Coding Kids», communauté d’apprentissage rassemblant élèves, professeurs, ex-professeurs, développeurs…
#2 Etat
Il n’est pas question ici de supprimer l’Etat dans sa forme actuelle. Gilles Babinet pense fortement que les Etats qui réussissent le plus dans le numérique sont ceux qui ont un fort degré de régulation. Les trois premiers pays dont l’économie profite des avantages du numérique sont Israël (15% de son PIB), la Suède et de la Finlande. Un exemple novateur vient par ailleurs du Kenya : l’idée du “cadastre participatif”, ou comment crowdsourcer l’établissement d’une propriété. Gilles Babinet nous rappelle aussi que l’Open Data permettrait de générer 27 milliards de retombées potentielles.
#3 Crowd
Entendons, par là, la puissance du savoir individuel partagé. L’évaluation de cette richesse est inestimable. L’exemple le plus évocateur est la plateforme Wikipédia, avec ses 18 millions de contributeurs et ses 500 millions de lecteurs. Gilles Babinet a également cité les 380 millions de dollars de micro-crédits dont ont bénéficié plus de 940.000 personnes sur la plateforme collaborative kiva.org ou encore les 300 millions de fonds levés sur kickstarter.com en 2012.
Une histoire comme celle de Salvador Iaconesi (vidéo ci-dessous) est révélatrice de la richesse et du futur de l’Open Data : cet artiste de 39 ans qui souffrait d’un cancer du cerveau a décidé de mettre ses données médicales en ligne et a lancé un appel à l’avis collectif. Résultat : 60 médecins ont donné gracieusement des conseils médicaux, 35 vidéos ont fait la promotion de son initiative et plus de 50.000 stratégies ont été envoyées afin que Salvadore puisse guérir de son cancer.
#4 Santé
un tiers des actes médicaux sont injustifiés selon l’OCDE. On compte près de 80 milliards d’euros de perte due à l’inefficacité médicale. Les protocoles de soins sont vétustes. La voie est toute tracée pour le DMP – dossier médical personnalisé – carnet de santé numérisé sur lequel l’ensemble des informations du patient sont répertoriées. Ce service est déjà disponible et gratuit pour tous. D’ailleurs plus de 290 000 personnes en France en bénéficient déjà.
Le séquençage ADN qui permet d’identifier, de diagnostiquer et éventuellement de découvrir des traitements à des maladies génétiques est une science qui a également de l’avenir. Notamment parce que son prix de mise en place ne cesse de baisser : d’un coût par séquençage de 1000 dollars aujourd’hui, on pourrait passer à 300 dollars l’année prochaine.
#5 Connaissance
Selon Gilles Babinet, l’ensemble de la population mondiale posséderait un téléphone portable dans les 5 ans. Le support, donc, ne pourra être un problème d’accès à la connaissance. En Afrique centrale, en Ouganda, les données agricoles sont rassemblées via SMS afin de prévenir toute pénurie alimentaire. L’utilisation de la Big Data au service de la connaissance est également utilisée pour détecter tous types de conflits via la plateforme Ushahidi. Enfin, il a été fait mention de l’utilisation de Smart Grid pour la régulation de l’énergie dans les pays émergents.
Gilles Babinet a ainsi mis un point d’honneur à lutter contre la défiance ambiante envers le numérique dans notre société, et demande un gros effort d’investissement humain et financier pour faire de la France un territoire d’innovation.

