[livre] Sur les toits de New York

Une piscine, des potagers, des boîtes de nuit, des appartements de luxe, un jardin à la française… Il y a tout un monde sur les toits de New York.

Au 350 Grand Street, dans le Lower East Side de Manhattan. Mark Rosenberg, cheveux rasés et casquette enfoncée sur le crâne, est le fondateur et le directeur artistique de Rooftop Films. Le grand, chemise ouverte et tee-shirt, s’appelle Dan Nuxoll. Il est le directeur de la programmation de cette organisation new-yorkaise qui, depuis quinze ans, projette des films sur les toits de la grande ville.

Un écran blanc a été installé au fond de cette ancienne cour de récréation surélevée, des chaises attendent les habitués, les gens du quartier et de cinéphiles venus de toute la ville.

Sur le toit de l’autre côté de la rue, des amis boivent une bière en regardant la silhouette imposante des gratte-ciel du Financial District qui se dressent au loin et reflètent les dernières lueurs du soleil. Marc Rosenberg raconte:

J’ai grandi à New York et ici beaucoup de gens vont traîner sur les toits. Il y a très peu d’espaces libres dans la ville. Les toits sont une sorte de refuge, on peut y lire tranquillement, jouer au ballon, se reposer du bruit de la ville. Cela fait partie de la culture des gens d’ici, c’est comme ça.

Que ce soit au 4e ou au 45e étage, les sommets de la ville verticale accueillent une vie suspendue. Ils composent un horizon supplémentaire posé sur le chaos new-yorkais. Les artistes sont peut-être les premiers à avoir saisi leur potentiel.

En 1971, la chorégraphe Trisha Brown présentait Roof Piece, un spectacle dans lequel des danseurs répétaient des mouvements de toit en toit, dans le quartier de Soho. Récemment, à l’occasion de l’ouverture d’un tronçon de la High Line, une ancienne voie ferrée aérienne, Roof Piece a été présenté à nouveau. Les danseurs ont exécuté leur chorégraphie sous des sculptures réalisées par Kim Beck. Qu’elles leur révèlent le paysage des toits, qu’elles les rendent sensibles à sa beauté et à sa laideur, à sa complexité.» La High Line court sur plus d’un kilomètre entre la 11e et la 10e Avenue.

À la tombée du jour, sur cette promenade suspendue, on voit des joggeurs, des amoureux endormis sur des chaises longues, des peintres avec leur chevalet, des jeunes femmes qui prennent le soleil, des enfants qui s’amusent…

Les six boîtes blanches posées sur le toit du Bridge Cafe passent généralement inaperçu auprès des automobilistes qui empruntent le Brooklyn Bridge. Trop discrètes. En revanche, la façade de bois bordeaux et les fenêtres à guillotine de ce restaurant sont célèbres à New York. Cette ancienne maison de passe est en effet le plus vieux débit d’alcool de la ville : il date de 1794. La seule personne à prendre encore les vénérables escaliers de l’établissement s’appelle Andrew Coté. C’est un apiculteur professionnel, tout comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père. Mais à leur différence, c’est sur les toits de la ville qu’il pose ses ruches. Celles qui sont au-dessus du Bridge Cafe produisent 390 kilos de miel par an.

Les toits permettent de faire venir un peu de campagne dans cet univers de bitume et de béton.

À Brooklyn, de l’autre côté de l’East River, les studios de cinéma du 44 Eagle Street supportent ainsi un potager perché, avec une vue imprenable sur les tours de Manhattan. Shawn Dubreuil travaille dans la publicité de l’autre côté de l’East River, à Manhattan, dans un gratte-ciel. Deux fois par semaine, elle se rend sur ce toit pour nourrir ses lapins et ses poulets, apprendre à faire pousser des légumes.

Plus que la culture de laitues pour citadins en manque de bio, l’installation de plantes au sommet des immeubles a un impact écologique : cela permet de maîtriser le ruissellement de l’eau de pluie, un important enjeu environnemental dans une ville de cette dimension. Les toits végétaux sont également des régulateurs thermiques qui limitent la consommation d’énergie. La ville de New York favorise donc leur installation et, depuis les immeubles les plus hauts, on commence à voir des terrasses couvertes de plantes de montagne, adaptées à cet environnement particulier.

C’est aussi sur les toits que se trouvent les plus beaux appartements de la ville. Un nid d’aigle au-dessus de la ville : c’est peut-être aussi cela que recherchent les superhéros, pour qui les toits de New York ont toujours été un refuge de choix.

Livre à Paraître le 02 mai 2012. Dominique Carré. Éditeur/La découverte.

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Une exposition de photos

Alex MacLean expose ses images des toits terrasses de New York au Domaine de Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher). D’étonnantes photos aériennes qui nous laissent voir les différentes façons d’occuper ces vastes espaces

Les terrasses de la Grosse Pomme représentent des surfaces énormes : pas moins de 30% de la surface au sol, pour un quartier comme Manhattan.

A la fois pilote et photographe, Alex MacLean, dont l’œil est aussi aiguisé par une formation d’architecte, nous fait découvrir ces paysages insoupçonnés du passant. Depuis plusieurs années, il s’intéresse à nos modes de vie et à nos relations avec l’environnement. Il a fondé en 1975 à Boston Landslides, une agence photo spécialisée dans la photographie aérienne. Il travaille avec des architectes et des paysagistes, ainsi qu’avec des municipalités.

Une dizaine de ses photos grand format sont présentées au Domaine de Chaumont-sur-Loire jusqu’au 7 novembre.

Plus d’informations sur domaine-chaumont.fr

Encouragées par le maire, les initiatives privées ou publiques afin d’optimiser la “5e façade” de la ville se multiplient.

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