Pierre Cappelli

Une expérience sociale sur Facebook : des triangles pour mesurer la cohésion sociale

Par Pierre Cappelli, le 31 janvier 2012
Une expérience sociale sur Facebook : des triangles pour mesurer la cohésion sociale

Lors d’un très récent séminaire, Locita a eu l’occasion de découvrir l’avancée des travaux menés par Adrien Friggeri et Eric Fleury (responsable scientifique de l’équipe Inria DNET). Voici près d’un an (le 14 février 2011), ces deux chercheurs ont lancé Fellows, une expérience sociale sur le réseau Facebook, à laquelle chacun d’entre vous est d’ailleurs libre de participer.

L’objectif scientifique poursuivi dans ces travaux vise à proposer une mesure pouvant évaluer la qualité intrinsèque d’un groupe de personnes au sein d’un réseau. La mesure proposée par l’équipe DNET se nomme la cohésion. Elle repose en partie sur une notion de sociologie connue sous le nom de fermeture triadique (les gens ont tendance à se lier d’amitié avec les amis de leurs amis) et donc sur l’importance des liens faibles.

Un groupe va être de cohésion forte s’il contient un grand nombre de triangles assurant une forte densité de relations et si, dans le même temps,  il ne coupe pas de triangles vers l’extérieur du groupe, mais uniquement des liens faibles. Les liens faibles sont les liens par lesquels l’information nouvelle transite le plus ; (nos amis proches gravitent dans les mêmes cercles que nous et par conséquence, ne nous apprennent pas grand chose de nouveau, in fine). Ils font donc naturellement le pont entre une communauté et le reste du réseau.

Il faut préciser que depuis le lancement de Fellows, et à l’instar de Google + et de ses cercles, Facebook facilite un peu plus ces regroupements sous forme de listes thématiques, mais celles-ci ne se fondent que sur les profils en prenant en compte uniquement des informations entrées par les utilisateurs. On regroupe ceux qui ont précisé, par exemple, qu’ils avaient étudié dans le même lycée, ceux qui ont indiqué qu’ils travaillent dans la même entreprise, ceux qui habitent la même commune, qui ont déclaré un lien de parenté, etc… Cette approche est complètement orthogonale à Fellows qui, à partir de cette mesure de cohésion, va fait ressortir une information qui est présente de manière implicite dans la structure du réseau.

Interview de Eric Fleury, responsable de l’équipe DNET

Le principe : Fellows propose une organisation de vos listes de contacts (amis Facebook) et vous demande de noter chacun des groupes proposés.

Comment fonctionne précisément Fellows ?

Pour cette expérience, nous exploitons uniquement les informations de connexions entre individus, « qui est ami avec qui ? », et nous nous appuyons sur des résultats issus d’études sociologiques que nous introduisons dans le domaine de l’analyse des réseaux au sens large du terme, sous la forme d’une mesure, la cohésion. Cette cohésion quantifie à quel point un ensemble de personnes forment un groupe au sens social du terme. Cette mesure sert de pierre angulaire à un algorithme de génération de groupes.


 

Fellows pour vérifier la fiabilité de cette mesure ?

Afin de valider le modèle de groupes sociaux que nous avons établi, il est nécessaire que nous le confrontions à la réalité. C’est pourquoi Adrien a développé cette expérience consistant à présenter à un utilisateur de Facebook la liste des groupes que nous calculons et à lui demander d’évaluer la pertinence de chacun d’eux. Par ailleurs, nous proposons — si l’utilisateur le souhaite — de créer automatiquement des listes d’amis dans Facebook, réduisant ainsi le temps nécessaire à la configuration de cette fonctionnalité. (source Inria)

L’idée de créer des listes est bien de partager votre information vers des groupes créés selon votre volonté et que vers ce groupe-là, protégeant ainsi l’exposition des informations publiées sous Facebook. Sur Facebook, tous les liens entre individus sont similaires : tout le monde est “ami”, ce qui manque de granularité : il est évident que certaines informations n’ont pas vocation à être diffusées à tous vos “amis” mais plutôt à rester dans une sphère donnée (familiale et pas professionnelle, par exemple).

L’intérêt de Fellows

Fellows permet donc de simplifier la création de listes, notamment quand l’utilisateur possède déjà un très grand nombre de contacts. Les approches existantes de détection de communautés tentent de partitionner vos amis, ce qui par définition induit qu’un ami est dans un seul groupe (ou à une liste, selon la nouvelle classification Facebook). Or, ceci est illusoire car dans notre quotidien, tant professionnel que personnel, nous pourrions classer telle ou telle personne dans plusieurs groupes selon son profil. Il est donc important que les groupes (ou listes) puissent se recouvrir.

Ce recouvrement est aussi primordial puisque, comme nous le faisons tous sur Facebook par exemple, ce sont ces amis “partagés” qui facilitent la transmission d’un groupe à un autre, une forme de mutualisation permanente. Fellows a donc intégré des principes sociologiques  ainsi que ce qu’Eric Fleury nomme “la notion fondamentale de triangle et de lien faible, pour l’appliquer à l’analyse des réseaux“.

La propriété de fermeture triadique dans les réseaux sociaux exprime simplement la chose suivante : «  Si je connais deux personnes, il y a de fortes chances pour que ces deux personnes se connaissent ». Or, bien entendu, il arrive que cela ne soit pas le cas, notamment lorsque ce qui me lie à chacun de ces deux individus est de nature différente (par exemple, lorsque l’un des deux est un ami proche et l’autre un collègue de travail).

Mettre l’accent sur les triangles permet de différencier virtuellement la nature des liens, et donc de faire ressortir les groupes qui viennent naturellement de contextes différents.

Lors de l’expérience Fellows, nous enregistrons certaines statistiques non nominatives comme le nombre de groupes, le nombre de listes et la corrélation qu’il y a entre la pertinence des groupes ainsi créés virtuellement et notés par l’utilisateur et leur cohésion.

En voici d’ailleurs une vidéo explicative:

Un premier bilan

Quelques mois après le lancement de l’expérience, (3000 participants, 75.000 communautés créées dont 16.000 employés pour créer des listes) près des deux tiers des groupes ainsi créés et notés étaient jugés pertinents, voire très pertinents.

Ce qui est important n’est pas essentiellement le fait que les utilisateurs notent bien les groupes (car on leur présente tous les groupes couvrant leurs amis, y compris des groupes de faible cohésion).

Ce qui est très important et sert de « validation » est la très forte corrélation entre une cohésion élevée et le ressenti par l’utilisateur que le groupe proposé ait du sens (d’un point de vue social et de l’ensemble de personnes).

Aujourd’hui l’équipe DNET confirme “Notre métrique, la cohésion, est une mesure de qualité. Nous  avons  une mesure quantitative de la notion de groupe social, qui est extrêmement corrélée à la perception des utilisateurs.”

Participer à l’expérience Fellows est simple

Il suffit de se rendre sur cette adresse http://fellows-exp.com et d’autoriser ensuite l’application à accéder aux informations de son compte sur Facebook.

Cliquez sur « commencer » :  le calcul des groupes débute alors. Notez chacun des groupes sur un score de 1 à 4 étoiles selon leur pertinence. Si vous le souhaitez, vous avez également la possibilité de créer automatiquement sur Facebook une liste correspondant au groupe proposé.

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Social Media Manager & Responsable des Evènements...

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