Raymond Morin

[Retour sur 2011] Génération C: Le moteur d’une nouvelle société

Par Raymond Morin, le 4 janvier 2012
[Retour sur 2011] Génération C: Le moteur d’une nouvelle société

En 2011, le choc des générations a soulevé une véritable vague de fond dans l’actualité mondiale. Après les révoltes du Printemps Arabe, menées dans les médias sociaux par les jeunes rebelles de la génération Y du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ce fut au tour des indignés du mouvement «Occupy Wall Street» de prendre d’assaut le cyberespace.

L’onde de choc s’est aussi fait ressentir chez les entreprises et les organisations. Déjà confrontées au vieillissement de la population et mal préparées aux retraites anticipées des baby-boomers, elles ont dû s’adapter au même moment à l’arrivée massive des natifs numériques sur le marché du travail. Subitement, le transfert inter-générationnel des connaissances s’est révélé un enjeu majeur pour les entreprises et les relations entre les différentes générations sont vite devenues le premier point de mire des responsables des ressources humaines (RH).

La génération C : Le levier d’une nouvelle culture numérique

Durant toute l’année, une multitude d’études et d’infographies furent réalisées par des organisations comme Pew Research Center Internet et Online Graduate Program, et des firmes réputées comme Ericsson et Cisco sur les nouvelles générations. Sans compter les milliers de blogueurs, professionnels et amateurs, qui se sont immiscés dans le débat pour partager leurs idées et leurs opinions. En 2011, on a vu culminer le résultat de plus de dix ans de recherches et d’essais sur la sociologie à l’ère numérique, et plus particulièrement sur l’impact des nouvelles générations.

Pour comprendre l’origine du phénomène, il faut remonter au tournant du millénaire, à l’automne 2001, alors que Mark Prensky a amené le concept d’une nouvelle culture numérique axée davantage sur les communautés que sur les individus. Il annonçait déjà les signes avant-coureurs d’une mutation sociale, dictée par les nouvelles technologies d’Internet et les médias sociaux, où l’accessibilité du Web et des nouveaux outils permet à chaque utilisateur de se réaliser à travers diverses communautés virtuelles. Avec son article Digital Natives, Digital Immigrants, Prensky a défini les premiers traits de comportements communs, ou complémentaires, qui relient les générations à l’ère numérique en amenant le concept de différences entre les natifs (nés après 1994) qui ont grandi à l’ère numérique et les autres, les immigrants, qui ont dû s’adapter aux nouvelles technologies.

À l’automne 2009, la firme Ericsson publiait les premiers résultats d’une vaste étude menée en Suède auprès des jeunes de la nouvelle génération : The Dignut Report – Digital Natives Coming to Work, et qui venaient confirmer la théorie de Prensky en établissant une liste très détaillée de comportements et de traits de caractères observés chez les jeunes utilisateurs du Web 2.0 de la génération Y (lire aussi : Génération C – L’utilisateur au centre des enjeux du web social).

Vers une meilleure compréhension des nouvelles générations

Au Québec, le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) a également lancé au début de l’année 2011 une série de quatre fascicules, très bien documentés et largement détaillés, sur la Génération C : «Les «C» en tant que : citoyens, travailleurs, consommateurs et étudiants». Résultats de sondages et d’études amorcées en 2008, auprès de plus de 2000 (2020) jeunes de 12-24 ans, ces quatre publications dressent un portrait très complet des utilisateurs du Web 2.0 de la génération Y (nés durant les années 80-90 – entre 1979 et 1995) au Québec.

En s’appuyant sur l’hypothèse que ce sont les jeunes de cette génération qui sont «… le moteur de transformation des organisations», le CEFRIO s’était d’abord penché sur un premier rapport-synthèse en décembre 2009, à la suite d’un important colloque international sur la Génération C à Québec. Un colloque réunissant plus de 500 professionnels du Web et qui avait permis d’établir les premiers paramètres d’une nouvelle génération de super-utilisateurs d’Internet : la génération Y (nés entre 1979 et 1995) aussi appelée Net Generation, Echo-Boomers, Génération Boomerang, Génération Peter Pan, ou Enfants du millénaire.

Chercher à comprendre d’abord les utilisateurs de la première ligne

 

D’autres organismes ont aussi commencé par étudier la génération Y avant d’élargir leurs recherches à l’ensemble des utilisateurs du Web 2.0. En 2009, Pew Research Center Internet amorçait une vaste étude pour dresser le portrait des enfants du millénaire (millenials). Les données recueillies par l’organisme américain, et régulièrement mises à jour, servent encore aujourd’hui de référence à la plupart des analyses publiées par les firmes d’experts un peu partout dans le monde.

En 2010, en utilisant les statistiques du Pew Research Center, l’agence FlowTown publiait une première infographie qui dressait un premier portrait global de la génération Y : Who Are The Millenials ?. En 2011, la multinationale Cisco a poussé l’étude un peu plus loin en dévoilant les résultats d’un sondage réalisé auprès de 3000 universitaires et jeunes professionnels de la Génération Y : Connected World Technology Report.

L’infographie qu’on en a tiré, The New Workplace Currency, révélait clairement les changements de perception des jeunes face à leur milieu de travail. Ayant grandis et évolués avec les nouvelles technologies et l’Internet, les jeunes de la génération Y insistent dorénavant pour retrouver cette culture numérique dans leur environnement de travail. Ils ne s’identifient plus seulement à leur travail et privilégient davantage la qualité de leur expérience de vie. Ainsi, l’utilisation des médias sociaux s’inscrit pour eux comme une extension de leur personnalité.

Le choc des générations : une notion qui évolue avec les sociétés

Plusieurs spécialistes ont aussi ajouté leur voix au débat durant l’année. Dès le début du Printemps Arabe, le chercheur canadien Don Tapscott sonnait l’alarme sur son blogue avec un billet intitulé : The World’s Unemployed Youth : Revolution in the air ?. En décembre, Cliff Kluang de FastCompany récidivait dans le même sens en reprenant une infographie de Online Graduate Program, The Blessing and Curse of Being a Millenial, pour souligner l’impact du phénomène économique sur l’avenir de notre société.

Dans The Rise of Generation C, un excellent article de Strategy+Business paru en février 2011, les associés de la firme internationale Booz & Co., Roman Friedrich, Michael Peterson et Alan Koster, extrapolaient sur les tendances observées auprès des jeunes de la génération Y en projetant jusqu’en 2020. Avec ce dossier d’une dizaine de pages, les auteurs ont voulu démontrer à quel choc générationnel majeur nous devons nous attendre si nous ne faisons rien pour améliorer la situation des nouvelles générations.

 

Génération C : Les utilisateurs au coeur des grands changements

Au début de l’année, pour faire écho à Prensky une décennie plus tard, l’auteur américain Mark McCrindle (en collaboration avec Emily Wolfinger) a publié un nouvel ouvrage qui amène le débat un peu plus loin, et qui permet de mieux comprendre les nouveaux paradigmes qui animent désormais les nouvelles générations d’utilisateurs du Web social : The ABC of XYZ : Understanding the Global Generations.

Dans son ouvrage, très bien documenté, McCrindle explique comment la sociologie démographique (par tranche de 16 à 18 ans, soit l’âge nécessaire à la procréation) ne répond plus aux complexités de la société actuelle. La société évolue de plus en plus vite et les familles se forment de plus en plus tard. Il reprend la thèse de la sociologue française Attias-Donfut et poursuit plus loin la démarche des théoriciens américains Strauss et Howe en décrivant comment la notion de génération évolue avec les sociétés, et pourquoi il conviendra plutôt de s’attarder sur les caractéristiques qui relient les générations entres elles. Au printemps 2011, le CEFRIO publiait d’ailleurs un premier fascicule, de l’étude NETendance 2010, qui ramène les utilisateurs au cœur de la notion de Génération C : De Y à A, cinq générations d’internautes.

Élargir le débat à l’ensemble des utilisateurs du Web social

Aujourd’hui, les prémisses qui définissent le concept de la Génération C, amené en 2004 par l’équipe du magazine Trendwatching (lire aussi Generation C – C for Content), se révèlent d’autant plus pertinentes. Et le phénomène s’est même amplifié, dépassant largement le cadre de la génération Y, puisqu’on l’observe aussi chez les utilisateurs de la génération X, comme chez les adeptes précoces (early adopters) des baby-boomers qui s’adaptent de plus en plus aux nouvelles technologies et aux médias sociaux. Mais il faudra élargir encore davantage le débat et demeurer aussi à l’écoute de la nouvelle génération Z, celle des natifs numériques de Prensky, qui arrivent à leur tour sur le marché du travail.

À plusieurs égards, leur situation ressemble à celle qu’ont vécu leurs aînés de la génération silencieuse (nés entre 1928 et 1944); ils ont traversé des crises sociales majeures et se retrouvent devant des promesses d’avenir brisées par les générations précédentes aux prises avec une crise économique historique et un taux de chômage endémique. Il ne faut donc pas se surprendre de les retrouver aussi souvent dans la rue, cherchant à renverser l’ordre établi. De plus, si nous ne faisons rien pour renverser la vapeur, la situation n’ira qu’en s’aggravant, la fracture numérique s’élargissant. À nous d’y voir en 2012!

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Auteur et blogueur, Raymond Morin a publié deux livres...

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