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L’article de Don Tapscott, paru le 4 avril dernier : The World’s Unemployed Youth : Revolution In The Air ? s’avère d’autant plus d’actualité, qu’après le Printemps Arabe, le monde fait face à un nouveau mouvement social qui s’attaque cette fois aux fondements même du capitalisme et de la société moderne.
Dans les deux cas, ces mouvements sont nés de l’insatisfaction et de la colère des jeunes (16-25 ans) face aux promesses bafouées de la société ; le chômage arrivant en tête de liste.
Dans son article, l’auteur et conférencier canadien souligne que dans les pays touchés par les événements du printemps dernier, 24% des jeunes de 18 à 25 ans ne peuvent trouver d’emploi. Du même souffle, il rappelle aussi qu’au Royaume-Uni la situation n’est guère plus reluisante alors que les jeunes de 16 à 24 ans représentent plus de 40% des chômeurs du pays, soit plus de 1 million de jeunes adultes.
Selon un récent sondage, plus de la moitié des jeunes britanniques songent même émigrer pour se trouver un job convenable. D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, aux Etats-Unis, comme en France, les chiffres sont comparables: 1 chômeur sur 5 est âgé de moins de 25 ans…
On doit se rendre à l’évidence que la société a lamentablement échouée dans sa promesse d’avenir pour notre jeunesse. Le message qu’on leur a transmit voulait que s’ils travaillent fort, qu’ils poursuivent leurs études et qu’ils se tiennent loin du trouble, ils aient une vie heureuse et prospère. Or, suite à la crise économique de 2008, les perspectives ont radicalement changées, et du coup, cette promesse lamentablement bafouée.
À partir de là, on peut facilement établir un premier parallèle entre ce qu’ont vécus les baby-boomers durant les années 60, rejetons de la génération silencieuse d’après-guerre, et ce que vivent les jeunes de 16-25 ans actuellement. Se trouvant à la jonction de deux cycles de générations (la queue des Y (19-25) et la tête des Z (16-18), ces jeunes vivent plus difficilement les changements sociaux majeurs actuels.
On appelle aussi aussi cette micro-génération, les Écho Boomers, justement pour le lien qui les unit plus particulièrement à leurs aïeux ; les Baby-Boomers. Comme je le mentionnais dans mon billet précédent dans Locita : Les nouvelles générations, porteuses de grands changements !, les jeunes d’aujourd’hui vivent une situation comparable à celle de leurs aïeux, et ce, à plusieurs niveaux.
50 ans plus tôt, les Baby-Boomers avaient, eux aussi, un accès privilégié à l’information par le biais d’une nouvelle technologie : la télévision. Largement engagés dans des changements sociaux majeurs, les boomers ont choisit de retarder les familles et de défendre d’abord leur combat.
Dans son article, Don Tapscott établit, avec justesse, le lien entre plusieurs événements qui ont marqués cette époque. Notamment, avec les événements de Mai 68 en France, alors que tout avait débuté avec un sit-in défiant le gouvernement de Charles De Gaulle. Après 2 semaines, plus de 11 millions de travailleurs français débrayaient. Les jeunes ont aussi joué un rôle prédominant dans le Printemps de Praque en Tchéchoslovaquie, tandis qu’en Allemagne de l’Ouest, c’est aussi un mouvement étudiant qui s’est trouvé à l’origine de la chute du Mur de Berlin. Tandis qu’aux Etats-Unis, cette révolte s’est traduite par des manifestations contre la Guerre du Vietnam, et qu’au Québec, nous traversions la Crise d’Octobre et les mesures de guerre…
Aujourd’hui, les jeunes ont une influence démographique et sociale d’autant plus importante dans notre société qu’ils représentent plus de 50% de la population mondiale, donc plus de la moitié de la force de main d’œuvre active. Or, si notre société n’est plus en mesure d’offrir à ces jeunes un avenir stable et sécurisé, c’est tout le système économique en place qui s’en trouve ébranlé.
Durant les années 60, les protestataires défendaient les vertus de la paix, célébraient la nouvelle culture de la jeunesse et rêvaient (utopiquement) de grands changements sociaux. Aujourd’hui, les jeunes sont beaucoup plus cyniques face à l’avenir. Ils tournent carrément le dos au système de la société actuelle qu’ils rejettent en bloc. Non seulement ils vivent une crise de chômage alarmante, mais ils sont témoins de rêves personnels brisés (ceux de leurs parents), de mauvais traitements (ceux à leurs grands-parents) et d’injustices sociales dénoncées (violences et corruptions organisées). Pas étonnant qu’ils délaissent aussi massivement la politique…
En 2011, le contexte social diffère de celui qu’on vécut les boomers. Tandis qu’ils ne comptaient que sur la force de leurs idéologies pour vaincre, la jeunesse d’aujourd’hui garde le doigt sur la gâchette du Web : le plus formidable, et redoutable, outil de changements. À preuve, le Printemps Arabe, dans lequel Facebook, Twitter et YouTube ont joué un rôle majeur dans l’organisation et le déploiement du mouvement révolutionnaire. La jeunesse d’aujourd’hui représente une véritable bombe en puissance! Si nous ne prenons pas actions immédiatement pour corriger cette situation, ce qui se passe aujourd’hui un peu partout dans le monde aura des répercussions majeures sur les prochaines décennies.
Comme le réclame l’auteur et conférencier canadien, la société d’aujourd’hui doit faire de l’employabilité des jeunes sa première priorité. Nous devons réinventer nos institutions et nos entreprises, des modèles de finance et de politique jusqu’aux systèmes d’éducation et de santé, pour s’adapter aux nouveaux paradigmes économiques de la société numérique. Pour y arriver, nous devrons cesser de mettre des bâtons dans les roues des nouvelles générations, en tentant de tout contrôler, et plutôt les engager dès le départ dans le processus de changements. Plus encore, nous devons tout mettre en oeuvre pour favoriser l’éclosion de leur créativité et la réalisation de leurs passions à travers les médias sociaux.
Sinon, on se dirige tout droit vers une nouvelle révolution sociale majeure, dont on ne soupçonne pas encore toutes les retombées. À côté de ça, le Printemps Arabe et Occupy Wall Street paraîtront de la petite bière! À nous d’y voir!
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