Les 5 échecs de Google

Les 5 échecs de Google

Par Benjamin Anseaume, le 31 août 2010

“Nous célébrons nos échecs”, ce sont les mots d’Eric Schmidt annonçant la mort, prévisible, de Google Wave, l’une des applications les plus ambitieuse du célèbre moteur de recherche. Dans un style américain, que les français feraient parfois bien de copier, Schmidt dit voir cet échec comme une étape, une expérience enrichissante, et surtout, prévoit de réutiliser la technologie dans de futures applications.

Quoi qu’il en soit c’est un énorme camouflet pour la marque, mais pas le premier. Voici mon top 5 des échecs de Google, passés ou à venir. Bien entendu, celui-ci n’engage que moi et je serais ravi d’en débattre avec vous !

Position n°5 : Orkut

Réseau social créé en Turquie, puis racheté par Google après avoir embauché Orkut Büyükkökten, son créateur (qui a donc eu la modestie d’appeler son réseau de son prénom). Non seulement la sauce ne prend pas, Google annonce 50 millions d’utilisateurs – contre 350 millions sur Facebook -, mais en plus il est au coeur de scandales politiques et sociétaux.  Une étude brésilienne a récemment révélé que pas moins de 94% des pages incitant à la haine raciales au Brésil sont hébergées sur Orkut. Devant le refus de Google de retirer ces pages, le gouvernement brésilien demande maintenant 61 millions de dollars de dommages et intérêts. Un bon flop, en somme.

Position n°4 : Android Market

Android par GoogleMettons les choses au point : je suis fan d’Android et fervent opposant à Apple et sa politique. Malgré tout, je suis convaincu qu’aucun utilisateur d’Android n’est satisfait de ce que propose le market. Entre applications sans intérêt (Chuck Norris sounds, Mario sounds, Sonic sounds, et j’en passe), portages mal fichus (Zenomia, même Paper Toss qui se voit affublé d’une grosse pub qui n’existe pas sur iPhone), et pâles copies de blockbuster iPhone, on est loin du compte. Bien sûr, Google valorise ses 100.000 applications, dont 65% sont gratuites, mais combien valent vraiment le coup ?

Rien n’est joué, un redressement de Google est tout à fait possible, mais des initiatives telles que l’App Inventor, qui permet de créer une application sans aucune connaissance en programmation ne va pas dans le bons sens, même si aujourd’hui il est impossible de publier une application provenant de ce logiciel. Un demi-échec, en attendant la suite.

Position n°3 : Google Knol

Le tiercé de tête commence fort, avec cette pâle copie de Wikipedia, qui n’aura jamais réussi à trouver son audience, ni sa masse critique de contributeurs, car là repose toute la force de Wikipedia et la faiblesse de Knol. Lorsque l’encyclopédie de la fondation Wikimedia annonce près d’un million d’articles en français, celle de Google a du mal à fêter son 20.000ème ! Et puisque le contenu n’est pas là, l’audience n’est pas là. Ajoutez à cela une petite polémique au lancement du site, la présidente d’alors, Florence Devouard, s’inquiète de ce « l’équipe chargée du contrôle de la qualité de Knol, sera aussi celle chargée de s’occuper de l’indexation dans Google », vous avez tous les ingrédients d’un échec.

La meilleure preuve de l’échec de Knol ? Lorsque certains contributeurs de cette dernière commencent à dire que Wikipedia n’est pas un concurrent, mais un outil complémentaire. Ça sent la reddition non ?

Position n°2 : Google Buzz

Annoncé en février 2010 comme un concurrent de poids pour Twitter, suite à de nombreuses et infructueuses tentatives de rachat, Buzz a du faire passer quelques nuits blanches à nos amis Jack Dorsey et Evan Williams (fondateurs de Twitter). Intégré à GMail, bénéficiant de la plus grosses infrastructure réseau au monde, complet, permettant de diffuser du texte, mais aussi de la vidéo, des images, de commenter les messages, Buzz avait tout pour mettre rapidement Twitter à terre, sur le papier. Aujourd’hui, nos deux amis gazouilleurs dorment tranquilles, Buzz est loin, très loin de leur faire de l’ombre. Après un lancement raté, notamment suite à des polémiques (encore) concernant la vie privée, il est devenu, officiellement et depuis quelques semaines, rien de plus qu’un “module pour GMail”.

La ou plutôt les raisons de l’échec sont encore obscures. Pour ma part, je le considère trop complexe, par rapport à Twitter (rappelons qu’il était présenté comme un concurrent direct), bien trop chronophage (encore plus que Twitter, il faut le faire). Surtout il a, dès le début, offert la possibilité de lier ses compte Twitter & Facebook, ce qui a vite rendu le concept inefficace, les buzz étant souvent une liste de repost des personnes que les utilisateurs suivaient sur Twitter ou Facebook. Enfin, un système d’alertes pour le moins envahissantes a poussé une grande partie des utilisateurs à le mettre en veille, le faisant tomber peu à peu dans un oublis auquel il semble définitivement promis.

Position n°1 : Google Wave

Notre champion du #fail toute catégories est bien sûr le célèbre Google Wave. Annoncé en grande pompe, avec une baseline à faire saliver tous les geeks du monde : “Wave est ce que serait l’email s’il avait été inventé aujourd’hui”, il avait vite vu la twittosphère s’enflammer au sujet des désormais célèbres “invitations Wave”, précieux sésame permettant de tester en avant première cette application pour le moins conceptuelle. Tellement conceptuelle en fait que personne n’y a rien compris. Certains continuent même de chercher, mais il est trop tard, Google Wave est mort, en signant ce qui est pour moi le plus gros échec de Google.

Pourquoi le plus gros ? Car jusque maintenant, les échecs que Google étaient surtout le fruit de diversifications malheureuses (voir à ce sujet cet excellent article de Presse-Citron) ou de tentative de copie finalement mal exécutées. Mais pour la première fois avec Wave, c’est un concept qui tombe à l’eau, une idée, et non une réalisation ou une technologie. Ce qui est d’autant plus gênant que l’idée était louable, l’email étant clairement un outil dépassé, qui osera innover pour tenter de le remplacer maintenant ?

Conclusion : les #geeks sont ils conservateurs ?

Si l’on part du principe que pour être adopté par le grand public, un produit technologique doit d’abord être adopté par les early-adopters (Twitter, Facebook, même Google en son temps étaient des outils de geeks…), on remarque que l’ensemble de ces échecs relèvent d’un brin de conservatisme : copies que les internautes préfèrent bouder pour rester sur l’original (Twitter et Buzz, Facebook et Orkut) ou innovations remettant des usages en question (Wave), l’échec de ces produits n’est il pas le fruit de notre immobilisme ?

Je vous laisse répondre à cette question (un brin provocatrice) dans les commentaires de cet article.

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Benjamin Anseaume

Travailleur du web indépendant / Web-developper / PHP-...

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