B.Moulinet : “jouer le titre à Rio”

« Marche ou crève ». Bertrand Moulinet aurait sûrement fait un parfait personnage central du roman de Stephen King.

A la différence près, que la marche n’est pas pour Bertrand un jeu suicidaire, et que si il s’est arrêté de marcher depuis Londres, il n’a pas reçu la mort comme triste récompense, mais bien le droit à la lumière.

Celle qui éclaire à puissance parfois inégale les champions faisant vibrer leur pays et même le monde, tous les 4 ans.

Records personnels tombés

Premier finaliste de l’Equipe de France d’Athlétisme des Jeux de Londres, en prenant la 8e place du 20 km marche (1h20min 12sec), Bertrand avait déjà ouvert la voie.

Avant de remettre cela une semaine plus tard, sur le 50 km (3h45min 35 sec)  marche et une douzième place sur une distance où il est difficile d’exister, médiatiquement, derrière Yohan Diniz. Peu de brèves dans les grands médias sportifs, et pourtant le constat est là : le natif de Toulouse a battu sur les deux courses ses records personnels, finissant 1er français à chaque fois.

Aux JO, c’est moi qui ai les meilleurs résultats en terme de place et de Chrono de tous les temps, au niveau français et dans ma discipline.

 souligne d’ailleurs Bertrand, sans excès d’orgueil mais avec malice, comme un pied de nez aux gourmands spécialistes de la statistique qui auraient omis ce détail, préférant s’attarder sur le malheureux épisode Diniz, le 3ème en 3 grandes compétitions. (NDLR, 8ème du 50 km puis finalement disqualifié). La statistique là n’aura échappé à personne. Bertrand sans s’attarder dessus, constate juste :

Il arrivait parmi les favoris, mais ce n’était pas seul. 8ème , il était peut-être a sa place ce jour là. (…) Quant à sa disqualification, c’était malheureusement une éventualité qu’il ne fallait pas qu’il oublie.

Mais Moulinet a été lui au rendez-vous. Préparé pour ce double challenge Londonien, sa parade parmi les meilleurs devant Buckingham Palace, ne doit rien au hasard, mais bien à une philosophie toute simple :

Le jour de l’épreuve il n’y a pas besoin de se mettre la pression si on sait que l’on a fait tout le travail comme il fallait.

Facile à dire, peut-être. Ou juste l’aboutissement de plusieurs mois  d’une préparation où les exigences que l’on s’imposent sont à la mesure de l’objectif :

La pression il faut se la mettre à l’entraînement. Quand on a pas envie d’y aller, et bien on y va quand même, au bout il y a une compétition. Et c’est vraiment tous les jours à l’entraînement et même quand parfois on a envie de sortir , de se relâcher au niveau de la diététique etc… c’est là qu’il faut se mettre la pression pour rester dans le droit chemin.

Tout est dit.

« Jouer le titre à  Rio »

A 25 ans , celui qui bénéficie d’un contrat avec la Police Nationale est donc lucide sur ses performances estivales, qui s’inscrivent dans un plan de marche, mûri depuis Pékin. Devant sa télé, le licencié Amiénois s’était alors fixé comme objectif d’être sélectionné pour Londres, et pour y arriver, savait que sa présence en terre anglaise dépendrait grandement des étapes chronométriques qu’il franchirait une par une.

Et fort d’un nouveau statut, Bertrand Moulinet ne se dérobe pas, au moment de parler des Jeux de Rio, en 2016 :

J’ai eu la chance de réussir mes JO donc l’étape suivante , et je sens que j’en suis capable : dans 4 ans je joue le titre sur 20 km . Je dis pas que je vais gagner, mais que je vais me préparer pour être en mesure de gagner la course.

Une ambition assumée, pas si courant pour un athlète français, lorsque l’on ne s’appelle pas Rinner ou Lavillénie. Mais il sait aussi, que, comme pour aller à Londres, la capacité à décrocher des chronos références sera décisive:

Il va donc falloir que je maintienne ma courbe de progression pour gagner entre 1 et 1m30 sur 20 km pour me permettre de me rapprocher du RM un an avant les jeux. Le Record du monde est à 1 :17 :16 et j’aimerai bien déjà me rapprocher des 1 ;17 :30 voire 1 :17 :00 pour viser un titre olympique.

Rendez-vous est donc pris. Pour l’heure, un peu de repos bien mérité chez lui, dans le sud-est pour Bertrand qui se dit lui-même « encore un peu fatigué ». L’occasion aussi de repenser les moments qui l’auront marqué pendant la première quinzaine olympique de sa carrière, à commencer par ses fins de course :

Quand je passe la ligne du 20 km que je vois sur l’écran mon nom avec écrit 8ème et donc que je rentre dans le groupe des finalistes avec en plus mon record perso. C’est quelque chose de très prenant. Et puis  d’enchaîner ensuite avec le 50 km et de faire 3h45. Je savais que c’était le  chrono maximum que je pouvais faire en étant frais et la je le fais après le 20 km.

« Marquer un destin »

Mais lorsqu’on lui demande aussi quelle performance l’aura marqué, parmi les moments forts de ces JO, Bertrand tranche avec des choix attendus, les succès des Bolt, Phelps, Riner ou de la natation française :

Voir Vinokourov gagner les Jeux c’était quelque chose d’extraordinaire. Car quand je l’ai vu partir j’étais comme un gamin devant ma tv et je criais pour qu’il gagne parce que j’adore ce mec (… )A, 38 ans fin de carrière, il part Champion Olympique… Ça marque un destin.

Une victoire d’un dopé repentis et qui a payé sa dette qui a pourtant fait parler. « Tout est sujet à critique maintenant…Mais quand je pars au bord de mer m’entraîner, à 7h il est déjà sur son vélo et quand je pars au travail et quand je patrouille en voiture, je regarde l’heure il est 14h et il est encore sur le vélo. Donc c’est un mec qui s’entraîne vraiment très dur » constate juste Bertrand. Parole de bosseur.

 « Marquer un destin ». C’est peut-être ce qui attend désormais Moulinet, qui espère dès l’été prochain aux Mondiaux de Moscou « confirmer ce bon résultat sur 20 km », avant en 2014 aux « Europe », d’asseoir un certain rang sur cette distance, avant la grande répétition que constitueront les Mondiaux de Pékin en 2015, et où il faudra « être en mesure de se battre pour la médaille ».  Et il ne s’agira alors plus de se demander si Moulinet aurait pu être le personnage principal d’un roman, mais bien de constater qu’il sera alors prêt à écrire sa propre histoire et une page de plus dans celle de l’athlétisme français.

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