Des Socios en France, une utopie?

Face au désaccord total de l’ensemble des associations de Supporters (qui forment l’âme, l’essence même de ce club populaire, patrimoine du football professionnel depuis plus de 20 ans) de la reprise du club par le Crédit Agricole et la mise en place de Luc Dayan comme Président intérimaire, NOUS créons ce groupe pour émettre l’idée d’introduire une Organisation de Type “Socios” à la Table des Actionnaires (Conseil d’administration+Réunions) pour délibérer des Orientation du Club de Notre Cœur.

C’est en ces termes que sur la page Facebook créée à cet effet, des supporters Lensois font depuis quelques semaines germer l’idée de l’introduction d’un système de socios dans le modèle de gouvernance du Club nordiste, en proie à des changements d’organisations et un enlisement sportif depuis plusieurs saisons. Une volonté poussée par certains pouvoirs politiques comme Dominique Bailly et Guy Delcourt respectivement député-maires d’Orchies et de Lens. Alors idée saugrenue, ou vraie réflexion qui pourrait aboutir, là est toute la question.

 160 000 Socios au Barça

L’idée d’un poids donné aux supporters dans les décisions d’un club en France ne date pas d’aujourd’hui. Il y a un peu plus de 8 ans déjà, Francis Graille, alors président du PSG pensait déjà sérieusement à impliquer davantage les supporters dans la vie du club en les intégrant au capital. Il confiait à l’époque au quotidien Le Monde:

Pourquoi ne pas confier 10% des actions du PSG à 30 000 ou 40 000 supporters.

Une réflexion poussée par le modèle historique de 4 clubs espagnols dont le Barça et le Réal Madrid, propriétés des « socios », qui contre un droit d’entrée et une cotisation annuelle obtiennent le droit d’élire et le président du club pour 4 ans, mais aussi un pouvoir de décision sur des sujets plus mineurs. Si l’on prend ainsi l’exemple du Barça, le club compte aujourd’hui près de 160 000 socios qui paient une cotisation annuelle de 150 euros…le compte est vite fait, avec 24 Meuros de recettes pour le club…

A l’heure où l’introduction des clubs en bourse et les arrivées de riches propriétaires russes ou du Moyen-Orient sont de plus en plus monnaie courante, les clubs français, au delà de la dimension sociale pourraient-ils trouver dans ce type d’initiative une nouvelle source de financement ?  Il y a deux ans, dans SportStratégies, Gervais Martel, alors encore en place à la présidence du RCL me confiait sa vision de la chose :

C’est compliqué dans l’état actuel du football français. Les supporters ont déjà du mal à payer leur place (…) et même si on fixe le prix des actions à 100 euros et que l’on atteint 10 000 personnes ça ne fera « que » 1 million d’euros pour un club comme le nôtre qui en vaut 80.

Un angle de vue par forcément partagé par Dominique Bailly, moteur du projet lensois qui en imaginant un droit d’entrée de 200 euros et une cotisation annuelle de 10 euros et 10 000 socios au départ, et ainsi une manne de 2 Meuros par an, verrait dans cette démarche un réel moyen pour les supporters de peser dans le club.

 De l’actionnariat populaire au PSG?

Une vision pas forcément non plus en phase avec les aspirations depuis près de 3 ans de deux supporters parisiens, Stéphane Billon et Baptiste Morvillez, qui se battent pour permettre aux supporters parisiens d’enfin peser dans les décisions d’un club loin d’être référent dans son modèle de gouvernance et balloté depuis vingt ans entre actionnaires bien différents, et présidents souvent sur la sellette à peine arrivés. Ils expliquent au site du Nouvel Obs.

Transposer le système espagnol en France n’est pas possible en raison d’une réglementation plus contraignante que dans les autres pays en matière d’appel public à l’épargne. Nous avons donc élaboré un projet hybride. L’idée est de créer une association, donc sans objectif de retour sur investissement. Un droit d’entrée pourrait être fixé à 200 euros auquel il faudrait rajouter une cotisation de 10 euros par mois. Autre possibilité : une cotisation à vie avec un droit d’entrée de 2.500 euros.

En tablant sur 70 000 à 100 000 souscriptions, cela pourrait rapporter entre 7 et 10 Meuros par an au club. Pas non plus de quoi payer le salaire d’Ibrahimovic. Mais avec 100 000 fans ayant rejoins cette cause sur la page Facebook créée, pour cela, la démarche est suivie par beaucoup. Mais que seraient 10 millions dans le budget illimité de QSI ?

Difficile donc de penser que dans l’état actuel des choses, où les clubs continuent de vivre au-dessus de leurs moyens avec notamment des charges qui ne cessent de progresser plus vite que les recettes, favorisant des déficits parfois abyssaux, le système d’actionnariat populaire comme roue de secours d’un point de vue économique soit vraiment viable. Du moins pas temps que le Fair Play financier voulu par Platini soit mis en place, venant crever la bulle spéculative dans laquelle baignent les transactions dans le football, et ramène les clubs à une réalité plus rationnelle. Une conclusion partagée à l‘époque par Gervais Martel :

Si l’on arrive à une régulation européenne avec une baisse des dépenses, notamment des salaires des joueurs, là il y aura peut-être matière à réflexion. 

Reste la dimension sociale, et l’« ancrage local » comme l’évoque Vincent Chaudel spécialiste des questions économiques autour du sport. Donner une voix, même minoritaire aux supporters où le moyen de créer un lien fort et citoyen entre le supporter, le club et son environnement local donc. C’est peut-être plus cela que certains politiques ou décideurs pourraient avoir derrière la tête en poussant sans trop de risque des projets d’actionnariat populaire… Qu’en pensez-vous ?

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