Évidences et incohérences de la loi sur la parité

La parité pour faire bouger les choses…

Les femmes ont autant de capacités que les hommes. Margaret Thatcher, Golda Meir ou encore plus récemment, Cristina Fernandez de Kirchner l’ont prouvé en étant tout à fait en mesure de diriger un État. Elles sont donc, a fortiori, tout aussi compétentes et aptes à devenir des représentantes de la nation… sans qu’une loi ne leur consacre ce droit tout en forçant leur présence.

Faire vivre la politique sous le prisme de l’égalitarisme-alors que les idées politiques comptent infiniment plus- risque de faire dévier l’idée d’une promotion des droits des femmes vers celle d’une institution des privilèges. Un semblant de contradiction flotte alors au-dessus des eaux de  l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui précise bien que « les citoyens sont égaux en droits » et qu’ils « sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». Un semblant seulement car en effet, l’article 1er de la Constitution tel qu’issu de la réforme du 23 juillet 2008 a souhaité inscrire la parité dans la tradition de cette égalité en disposant que “la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales”.

Néanmoins il est permis de constater que les deux dispositions sont légèrement irréalistes: en effet, nous sommes bien égaux en droit, mais pas forcément en talent. Nous sommes bien égaux en capacités, mais sommes nous attirés par les mêmes choses? Y-a-t-il autant de femmes attirés par la politique que d’hommes? Réciproquement y-a-t-il des métiers qui attirent moins les hommes que les femmes? Devrait-on par exemple faire la parité dans les casernes de pompiers ou dans les boutiques de lingeries? Pourquoi faut-il forcément dans le monde de la conviction et de la vocation, laisser une place à l’opportunisme sans s’assurer  que la personne présentée, homme ou femme, est effectivement à la hauteur?

Par ailleurs, il est une chose que d’accorder pendant un certain laps de temps une “accélération” de la place des femmes dans nos institutions politiques, il en est une autre de légiférer dans le « tout paritaire » et de sanctionner ouvertement les partis politiques qui ne respecteraient pas cette ligne de conduite.

C’est pourtant en ce sens que le gouvernement semble trancher. Najat Vallaud-Belkacem a en effet confirmé lundi 18 juin la future suppression des subventions publiques aux partis politiques « qui ne présentent pas autant de femmes que d’hommes aux élections ».

Or, cet absolutisme pose une série de problèmes sans pour autant devenir une solution miracle.

En premier lieu, les hommes sont présents depuis plus longtemps dans la vie politique et donc dans la vie des partis. A l’heure actuelle, alors que la première génération d’hommes politiques depuis la seconde guerre mondiale est toujours vivante et que le droit de vote n’existe pour les femmes que depuis le milieu des années 1940, ne faudrait-il  pas simplement faire preuve de patience, le temps que le nombre de femmes en politique soit plus important? Etait-il  besoin de jouer le forçage législatif ?

En second lieu, et dans le cadre de cette annonce faite par madame le ministre des droits des femmes, s’il faut subventionner uniquement les partis politiques respectant la parité, certains petits partis ne pouvant trouver et présenter assez de femmes risqueraient tout simplement d’être dissous. Sur la sellette, il s’agirait alors de trouver des femmes dans l’urgence ! Ne risque-t-on pas alors de verser dans l’ubuesque, sinon dans un certain tohu-bohu de l’incompétence au nom d’une loi aveugle du talent et des idées?

Un parallèle intéressant avec le monde de l’entreprise…

Jean-François Amadieu a dans une étude souligné les risques de la discrimination positive dans le secteur privé. Le sociologue et fondateur de l’observatoire des discriminations a fait remarquer par ses enquêtes à quel point le recrutement pouvait être biaisé par des critères non professionnels et a démontré pourquoi la discrimination positive ne pouvait pas être une bonne solution. En effet, la discrimination positive consisterait, « à redresser après coup, et très à la marge, des inégalités qu’on a laissées s’installer. Or, celle-ci ne serait pas une bonne solution car elle corrigerait une injustice par une autre ».

En d’autre termes, cette discrimination positive à la française qu’est la parité  risquerait de mettre au premier rang, non pas la compétence, mais le nombre de femmes devant à tout prix être présentées comme candidates.

Conclusion

Si certains combats égalitaristes comme celui de revendiquer l’égalité absolue en termes de salaire à compétence égale apparaissent justifiés, la loi sur la parité semble quant à elle, accentuer la différence sexuelle sans démontrer en quoi la mixité parfaite améliorerait le sort de la nation.

Fallait-il, devant ce constat mi-figue mi-raisin, rester impassible face au manque de représentativité des femmes ? Il est permis de penser que non. Mais la loi aurait dû se fixer un objectif dans le temps et en faire un but conjoncturel jusqu’à ce que les mentalités changent. En faisant de la parité une règle intemporelle gravée dans la constitution,  la place des femmes est certes assurée, mais fragilisée et délégitimée. Elle devient une place « de droit » sur la scène publique, alors que seul le sens du devoir,  mais aussi le talent et les idées devraient rester en tout temps, les métronomes de l’action politique.

Crédits photos : live2times.com

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