[Financement participatif] Une nouvelle plateforme musicale participative : Belgodisc

Pour faire suite à deux articles récents sur Locita, Bastien Lanza, la plus récente “star” sur MyMajorCompany ainsi que Your Major Studio: Une nouvelle manière de financer le cinéma, Locita vous propose au cours des prochaines semaines une série d’articles sur les sites de financement participatif par les internautes dans le secteur culturel et ce, dans le marché francophone. Aujourd’hui, nous vous présentons un tout nouveau venu sur la scène des plateformes de production musicale participatives ou communautaires: Belgodisc qui a lancé son site au mois de mars dernier. Pour nous aider à nous le faire découvrir, nous avons rencontré son fondateur belge Paul Dewachter.

Locita: Bonjour Paul! Merci de faire partie de notre série d’articles sur les labels de musique participatifs et de nous permettre de mieux connaître le nouveau venu “Belgodisc”. Tout d’abord, décris-nous un peu ton parcours. Qui est Paul Dewachter?

Paul : Bonjour à toutes et à tous ! Je suis musicien, de formation classique (violon et chant) et légère (banjo bluegrass, piano et guitare). Également parolier.

Locita : Qu’est-ce qui différencie Belgodisc des autres plateformes musicales participatives?

Paul : Belgodisc, ce sont des artisans. Pas des amateurs mais des artisans professionnels. Convivialité, dialogue, transparence des comptes, accompagnement des artistes avant, pendant et après, voilà quelques-unes de nos caractéristiques. Concrètement, le site met en lumière un “artiste de la semaine” tandis que tous les autres artistes, sans exception, défilent en diaporama sur la même page d’accueil ce qui évite que quiconque ne vienne à tomber dans l’anonymat. Important aussi est le fait de privilégier la langue française (80/90% du catalogue). Autre argument qui nous différencie, nous allons tenir des réunions de travail ponctuelles programmées avec les producteurs – le 18 juin 2011 à Paris – ainsi que des rassemblements semestriels artistes-producteurs – le 3 septembre à Bruxelles et le 10 septembre à Paris. Les réunions en comité restreint nous permettront d’analyser chaque production, d’en définir les points faibles et forts, et d’imaginer pour l’artiste une stratégie inscrite dans le cadre d’un plan de carrière. Nous travaillons donc à court, moyen et long terme. Un dernier point : Belgodisc est à la fois une plateforme de production communautaire participative mais aussi une maison d’édition à vocation internationale et un bureau de management d’artistes (organisation de soirées, de concerts, de tournées en direct ou en sous-traitance).

Locita : Belgodisc a été lancé il y a moins de deux mois. Raconte-nous un peu le lancement du site. Et surtout pourquoi Belgodisc maintenant?

Paul : Nous avons connu quelques péripéties liées notamment à la sécurisation des paiements. La procédure était un peu laborieuse, les conditions d’octroi sont strictes et le codage en rebuterait plus d’un ! Au plan de la dynamisation des pages, nous avons eu d’excellentes suggestions émanant de David de Montauban, Guigui Elvis, Kyophil, Paul de Smet, Patrick Francoisse et Tac le ranger, notamment. Ce sont des producteurs proactifs au sein de la communauté. Du reste, toute remarque objective et constructive est la bienvenue. Pourquoi avoir créé Belgodisc maintenant ? Car le moment nous semblait opportun et la demande tant des producteurs que des artistes est bien réelle.

Locita : Belgodisc est donc une start-up. Sans aller dans les détails de son financement, quels sont les types de dépenses et les alliances à prévoir pour monter une telle opération?

Paul : En matière de dépenses, nous avons voulu limiter celles-ci pour les postes afférents à la gestion, l’administration générale et la représentation. Ceux-ci représentent 27% d’une production dont 3% environ découlant des frais liés aux transactions (cartes de crédit et Paypal). Le reliquat est intégralement destiné à la réalisation du projet qui comporte l’enregistrement du CD 3 titres, le mastering, le clip vidéo et le showcase. Au plan des alliances, elles relèvent du partenariat. C’est ainsi que nous avons contacté deux des meilleurs studios d’enregistrement en Belgique (ICP, JET studio). Prochainement, nous nous rendrons à Paris au studio GUILLAUME TELL. Nous négocions des budgets équilibrés sans nuire à la qualité. Au contraire ! Il y va de notre crédibilité et donc, de notre avenir à tous. Petit point : je ne perçois pas de salaire car j’ai d’autres revenus. C’est déjà une sacrée économie !

Locita : Contrairement à d’autres sites semblables, on note évidemment sur Belgodisc ce filtre de présélection des artistes à l’entrée. Tu peux nous expliquer de quoi il s’agit? Comment recrutez-vous vos artistes et raconte-nous comment tout ce processus de sélection fonctionne?

Eva Leonard: Une des productions en cours sur Belgodisc

Paul : Ce système a toujours fonctionné au sein même des firmes de production et phonographiques. Les paramètres sont à la fois techniques, artistiques et commerciaux. Un collège de six membres, des conseillers artistiques, reçoit le matériel (c.à.d. descriptif, photos, extraits musicaux) et juge en toute impartialité de la valeur de ce qui lui est proposé. Chaque membre possède une voix. Quatre voix POUR permettront de lancer la production. Nous travaillons donc à la majorité des deux tiers. En général, les avis sont tranchés, blanc ou noir. Peu ou pas de nuances, ce qui évite d’atermoyer. Même si l’on peut se tromper.

Locita : Le site débute à peine. On voit déjà plus d’une dizaine d’artistes qui ont commencé leur production sur le site. Vise-t-on un maximum d’artistes que le site ne voudra pas dépasser à tout moment ou avez-vous plutôt une fréquence en tête pour ajouter de nouveaux artistes?

Paul : La fréquence avérée est d’un artiste par semaine. C’est là un maximum ! Idéalement, ce serait trois artistes par mois ce qui, faisons les comptes nous porterait à une trentaine d’artistes d’ici à la fin de l’année 2011.

Locita : On semble noter une préférence à date pour financer d’abord des singles, avant d’aller probablement dans les albums EP ou LP. C’est une stratégie systématique pour vos artistes comme stratégie d’approche?

Paul : Oui ! J’ai même pensé proposer l’enregistrement d’un seul et unique titre par artiste. Ce qui n’est pas si puéril que cela pourrait paraitre puisque le téléchargement se fait maintenant, en général, au titre. De surcroît, il suffit d’un titre mais LE TITRE pour lancer la carrière d’un artiste. Comme le CD physique est encore et toujours (de moins en moins) incontournable, nous avons opté pour les singles. Trois titres, le troisième étant offert gracieusement à l’achat du single ! Si le titre-phare fonctionne, alors l’album suivra tout naturellement.

Locita : On sent sur le site un contact direct entre Belgodisc et ses artistes et ce, dès l’apparition de l’artiste sur le site. Comment cette relation avec l’artiste se développe chez Belgodisc? Contrairement à d’autres sites où on imagine que le premier contact véritable avec l’artiste ne se fait pas avant la fin du financement puisque souvent tout artiste peut s’inscrire sur le site et qu’on peut en voir des milliers, votre approche de filtrage à l’entrée permet probablement un encadrement plus net avec les artistes dès le départ. Tu peux nous parler de cet aspect et comment il est reçu par les artistes à date?

Paul : Les artistes ont franchi le seuil, ont quitté le hall d’entrée, ont salué et ont été salués par les hôtes. Ils sont à présent confortablement installés dans le salon. Bientôt, ils seront invités à participer à l’élaboration du menu. Ensuite, ils seront invités à passer à la cuisine pour y exercer leurs talents. A leur disposition une armada d’ustensiles, de recettes, de conseils, d’ingrédients… Après quoi, tous ensemble nous dégusterons ce qu’ils auront préparé. C’est une image mais rien de tel qu’une image.

Locita : Quel sera le rôle exact d’accompagnement de Belgodisc avec l’artiste dans tout le processus à partir de la sélection de l’artiste jusqu’à la mise en marché d’un album?

Paul : Début juin lors de la réunion des producteurs à Paris, chaque dossier d’artiste sera examiné à la loupe, méticuleusement. Cela ira du choix du pseudo, à l’image (tenue vestimentaire, maquillage, attitudes,…) à l’isolation du TITRE PHARE, celui par et grâce auquel l’artiste devrait trouver écho auprès des médias et du public. Si les titres proposés ne nous convainquent qu’à moitié, nous demanderons aux créateurs (auteur, compositeur) de revoir leur copie, de proposer un autre titre plus personnalisé et plus fort. Au besoin, le titre sera créé par une équipe externe tout en respectant la personnalité de l’artiste. Un titre, un seul mais le bon. Nous n’avons pas droit à l’erreur ! Les deux autres titres secondaires – tant mieux s’ils sont d’excellente facture eux aussi – complèteront le single. A partir de là, l’artiste sera pris en main par un coach vocal durant autant de sessions que nécessaire. Il s’agira de faire en sorte que l’artiste connaisse ses trois morceaux sur le bout des doigts jusqu’à la parfaite maîtrise vocale et interprétative. Parallèlement, les titres seront confiés à un arrangeur musical et des musiciens de studio. Des pointures. Histoire d’avoir un titre qui “sonne” d’autant que les enregistrements se feront dans des studios à la notoriété évidente. Après la phase du mastering, le titre phare fera l’objet d’un tournage vidéo-clip professionnel. CD + clip + press-book = carte de visite qui sera remise aux personnalités du spectacle et de la presse invitées lors du showcase qui réunira deux, trois ou quatre artistes Belgodisc. Le showcase sera organisé en formule repas-concert. Ensuite, démarrera à proprement parler la phase marketing. Avec des cibles. En clair pour exemplifier, tel artiste sur telle radio plutôt qu’une autre, en fonction de la programmation.

Locita : A quoi un producteur internaute peut s’attendre en contribuant au financement d’un artiste sur Belgodisc? De quelle façon les recettes d’une production sont-elles réparties entre Belgodisc, les producteurs et l’artiste?

Paul : Une part revient à 10 euros. Outre la satisfaction d’avoir contribué à la construction de la rampe de lancement d’un artiste et de sa mise sur orbite, le producteur percevra des droits de production. Ceux-ci, toutes sources confondues et pendant toute la durée de vie et d’exploitation des titres enregistrés, seront capitalisés par la société SIMIM que nous mandatons à cet effet. En juin, avec les principaux producteurs, nous ferons une simulation du seuil de rentabilité avec analyse prévisionnelle sur n années. Il faut également le souligner – et c’est un scoop ! – nous allons partager pour moitié les sommes nettes que nous percevrons sur les concerts de nos artistes et les redistribuer au prorata des parts investies. En matière de retour sur investissement, je rappelle que les producteurs reçoivent 75% des droits rétrocédés par la SIMIM à Belgodisc, en qualité de représentant légal des producteurs réunis. Les 25% restant allant à l’artiste en termes de royalties. Il s’agira de montants nets.

Locita : Comme toute start-up, les choses se mettent souvent en place par phase et évoluent graduellement. Comment voyez-vous le développement de votre plateforme dans les prochains mois et les prochaines années?

Paul : Adieu EMI, Universal, Warner, Sony et même AKA Music ! Je plaisante, bien sûr. J’ai beaucoup de respect pour ces sociétés et pour ceux qui les administrent. Nous parlons la même langue mais avec des accents différents ! La crise du disque est bien là mais cela ne signifie pas la crise de la musique ! Pour notre part, j’entrevois un développement harmonieux et inscrit dans une logique cohérente. Nous allons grandir et grossir. Sans chercher à brûler les étapes, sans appréhender le succès ou l’insuccès. Je suis de nature impavide mais aussi résolument optimiste. Brel disait : “il faut aller au bout de ses rêves”. J’ajouterais : “il faut aller au bout de la réalité”. La réalité, ce n’est que des rêves qui se réalisent, parfois transformés en cauchemars.. mais, nous n’en sommes pas encore là ! Puis, rêve ne veut pas dire onirisme. On peut avoir le nez en l’air tout en gardant les pieds sur terre.

Kylian'n, une autre des productions en cours sur Belgodisc

Locita : Le coût des productions semble varier d’un site participatif à l’autre, y compris le mode de répartition des recettes nettes. L’industrie du disque est en crise comme tu viens de le dire, la production d’un album est un risque avec tout artiste – nouveau ou bien établi – que ce soit avec un label bien établi ou avec un label communautaire. Après quelques années où le concept des sites participatifs s’est graduellement développé, est-ce que le secteur a trouvé le « business model » viable à long-terme?

Paul : Vu l’efflorescence des sites à caractère participatif, on peut dire oui ! Ce qui me surprend, c’est la création des sites d’édition d’ouvrages et de production de films, notamment. J’ai du mal à interpréter ce mouvement socioculturel mais c’est un véritable phénomène de société. Si cela est conçu honnêtement, alors pourquoi pas ? De là, à dire que c’est la solution idoine à la crise du disque, du livre ou du film, je n’en sais rien.

Locita : Tu aurais des conseils d’investisseur pour quiconque s’intéresse à ce milieu ou voudrait tenter de s’y coller graduellement?

Paul : Avant d’ouvrir votre portefeuille, ouvrez bien les oreilles – choix du site, de l’artiste – écarquillez bien les yeux (suivez bien l’évolution générale du site, ses mécanismes de gestion, sa politique et les stratégies qui y sont associées ainsi que les résultats). Exprimez-vous, posez des questions et faites part de vos desiderata et de vos appréhensions. Exigez le décompte des frais de production et le détail des montants de productions que vous percevez. Cela me semble élémentaire. En tous cas, c’est ce que nous allons faire.

Locita : Merci beaucoup Paul pour nous avoir permis de mieux connaître l’univers des labels participatifs, et Belgodisc plus particulièrement. On peut vous souhaiter quoi en terminant pour le reste de 2011?

Paul : Tout le plaisir est pour la communauté Belgodisc. On peut nous souhaiter mieux que le début 2011 et moins bien que 2012 !

3 replies to this post
  1. Merci pour ce superbe article qui permet de mieux connaître Belgodisc grâce à l’interview de Paul, créateur du site.

  2.   voilà un article qui va permettre a tout ceux qui veulent découvrir de nouveaux artistes et pourquoi pas coproduire de se lancer . mais comme le dit paul : regardez , ecoutez , prenez votre temps et dés que votre choix est fait , foncez ! parcequ’il n’est pas question que d’argent , il y a des amitiées qui se forment et il y a aussi l’excitation de voir ses artistes progrésser et çà c’est génial  ….. HORIZONS

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