Jean-David Chamboredon : « Les Pigeons sont apolitiques ! »

Le mouvement des pigeons s’est fait taper sur le bec, certains évoquant une récupération politique. Son porte-parole, Jean-David Chamboredon répond à nos questions et récuse ces allégations, arguments à l’appui. Ni gauche, ni droite, bien au contraire…

 

Locita : Comment définiriez-vous le mouvement des Pigeons ?   

Jean-David Chamboredon : Le mouvement des Pigeons est sectoriel et apolitique. C’est une communauté de personnes partageant des points de vue. Il y a certainement bien plus de points communs entre deux créateurs de start-up qu’entre deux personnes du même parti ! Aujourd’hui, la page Facebook compte plus de 60 000 pigeons, entrepreneurs du Web, mais pas que. Il y a des auto-entrepreneurs, des artisans, des chefs d’entreprise de tous bords et également des salariés ! C’est le contraire d’un mouvement politique.

 

Locita : Des personnalités politiques ou des officines sont-elles entrées en contact avec le mouvement en général ? Avec vous en particulier ?

J-D. Chamboredon : Oui, assez rapidement, dès lors que des manifestations ont été envisagées il y a eu des propositions d’aide orientées politiquement. Sur Twitter, le doute n’était pas permis, les pseudos utilisés ou le parcours de ces « professionnels » des manifestations indiquaient clairement un classement à droite. J’ai également reçu de nombreux coups de fil, la plupart du temps de soutien.

 

Locita : Des noms ?

J-D. Chamboredon : Je suis quelqu’un de très poli, et je ne trouve pas très élégant de sortir le nom des personnes qui vous appellent sur votre téléphone portable…

 

Locita : Quelle a été votre réaction face à ces propositions d’aide et de soutien ?

J-D. Chamboredon : D’abord, l’idée d’une manifestation a été abandonnée très rapidement. Ensuite, il est clair que nous rejetons toute tentative de récupération ou d’accompagnement politique et nous le faisons savoir. Une nouvelle fois, ce mouvement est sectoriel et apolitique. Nous nous battons contre une loi qui est d’une violence inouïe et qui crée de l’instabilité fiscale.

 

Locita : Fleur Pellerin a publié une tribune dans Libération dans laquelle elle indique clairement une couleur du mouvement : “Le mouvement des ‘Pigeons’, qui a, parmi ses relais les plus bruyants, des entrepreneurs proches de la majorité sortante, repose sur des ressorts plus politiques qu’économiques. En agitant des informations partielles, tronquées voire complètement fausses, les “Pigeons” induisent en erreur les Français et contribuent à créer ce climat anxiogène qu’ils se plaisent pourtant à dénoncer“. Que pouvez-vous lui répondre ?

J-D. Chamboredon : Oui, on l’a entendue avec d’autres faire ce genre de raccourci en début de semaine, mais vous remarquerez que depuis, on ne l’entend plus à ce sujet là, tout simplement parce qu’il n’y a rien de vrai ! La façon dont ça a commencé avec mon article publié par la Tribune est franchement classique. Stéphane Soumier de BFM Business l’a repris et a souhaité m’interviewer car le sujet lui paraissait pertinent… C’est un travail journalistique et l’idée d’un complot politique paraît absurde.

 

Locita : Votre porte-parole Olivier Mathiot est plutôt proche des réseaux de gauche, et présenté par le mouvement comme un “mec de gauche”, qu’en est-il ?

J-D. Chamboredon : Olivier est porte-parole du mouvement des Pigeons qui, j’insiste, est apolitique. J’aimerais presque que ce mouvement soit classé à gauche ! Je pense que ça faciliterait nos démarches et éviterait toutes ces questions quant à notre légitimité. Cependant, je suis investisseur, dans le capital-risque, plutôt identifié comme libéral. Olivier a un profil plus « entrepreneur » et qui se revendique à gauche, c’est un juste équilibre qui renforce notre neutralité.

 

Locita : Que pensez-vous des dernières avancées proposées par le gouvernement ?

J-D. Chamboredon : J’ai du mal à suivre, ce n’est pas clair. La façon dont je vois les choses, c’est que ce projet de loi est violent et promet une augmentation de la fiscalité entre 50 et 100% sur les plus-values. Cette instabilité fiscale est impossible pour quelque investisseur que ce soit. Les calculs sont extrêmement compliqués et les discussions sur un réaménagement tournent autour de deux paramètres : la durée de détention des actions et le pourcentage de détention d’actions. Le gouvernement est en train de créer une usine à gaz fonctionnant à l’arbitraire ! De facto, l’investissement des business angels est bloqué.

 

Locita : Quelles sont les propositions concrètes des Pigeons ?

J-D. Chamboredon : Il est normal que les impôts augmentent, François Hollande a défini un budget de « combat ». Mais l’instabilité est inacceptable et empêche tout business angel de financer quelque nouveau projet que ce soit. Nous en appelons à une solution simple et non rétroactive. Nous souhaitons qu’il n’y ait pas d’injustices entre actionnaires (imaginez que l’un détienne 10,1% des parts et l’autres 9,9 et qu’ils ne soient pas taxés de la même façon…). On peut tout à fait imaginer que la durée de détention des actions soit fixée à un an, une durée minimale semble inévitable pour éviter les effets pervers et purement spéculatifs. Bref, des décisions de bon sens qui permettent tout simplement aux entrepreneurs et aux investisseurs de faire leur métier et de prendre des risques.

 

Locita : Quelles suites comptez-vous donner aux Pigeons ?

J-D. Chamboredon : Je n’en ai aucune idée. Je ne me vois pas évoluer dans un autre univers que le digital et je ne serai pas celui qui prendra la tête d’un mouvement politique ou syndical. Pour les « digital pigeons », je pense qu’il est nécessaire de se fédérer afin d’être entendus, ceux-là pourraient rejoindre France Digitale par exemple, pour pouvoir être entendus dans leurs spécificités.

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