La fin de l’empire Mega : quid des données personnelles ?

Dans la nuit du jeudi 19 janvier 2012, le monde de l’internet était secoué par la fermeture du site MegaUpload mais également par l’arrestation de 11 personnes – 7 aux États-Unis et 4 en Nouvelle-Zélande, dont le fameux Kim Dotcom (Fondateur de MegaUpload).

L’empire Mega, c’est une dizaine de sites : MegaUpload mais également MegaStreaming, MegaVideo, MegaMusic, MegaPorn, MegaKey, etc… Ces sites s’abritaient derrière le fait qu’ils n’étaient, selon l’avocat de l’empire Mega, que de gros disques durs, hébergeant des données sans pour autant les « regarder » et plaidant la bonne foi en mettant une mention énonçant  qu’ils étaient respectueux du droit d’auteur. Malheureusement, le FBI et les ayants-droits ne l’ont pas interprété de la même façon avec les conséquences que l’on connaît.

Bizarrement, l’empire Mega bénéficiait d’une très bonne couverture médiatique grâce à certains artistes et d’une relative bonne réputation. Ceci semble curieux quand on connaît un peu le parcours de Kim Dotcom, alias Kim Schmitz alias … enfin, une dizaine d’autres pseudonymes. Se revendiquant « hacker », il a été impliqué, jugé et condamné pour plusieurs fraudes bancaires via les systèmes informatiques. Personnage plutôt controversé, il avait acquis récemment une « modeste demeure » à Auckland (Nouvelle-Zélande), attisant la curiosité des autorités policières de cet état d’Océanie. En somme, un personnage un peu controversé à qui on ne confierait pas ses informations personnelles et bancaires sans méfiance.

Et justement, la fermeture de cet empire a une conséquence très dommageable : la fuite de données personnelles. En effet, un certain nombre de personnes ont acheté des abonnements à vie sur ce site, sans forcément prendre la précaution de s’anonymiser le plus possible. Pourtant, il était tout à fait possible d’accéder aux différents services de Mega sans avoir de comptes. Les utilisateurs sont donc facilement traçables par les services fédéraux. Il est possible de penser que le FBI et les ayants-droits se tourneront vers les internautes afin de demander des dommages et intérêts. Les différents arrêts de la justice américaine ont démontré que les parties n’ont aucun scrupule à demander des sommes colossales à des individus.

A l’heure actuelle, le FBI dispose d’une gigantesque base de données relativement bien détaillée des utilisateurs fidèles de ces différents services. Effectivement, le traitement des données va prendre un peu de temps, mais rien ne garantit que les ayants-droits américains n’essaient pas d’accélérer le mouvement ni qu’ils ne se retourneront pas contre certains « gros » consommateurs. Par ailleurs, comme ce type de site conserve un journal d’accès, les internautes ayant téléchargé des contenus mis à disposition de manière illicite ne pourront pas se prévaloir d’une absence de connaissance sur ce caractère. L’empire Mega a fait suffisamment coulé d’encre pour en être informé.

L’autre point, également dommageable, est pour les personnes qui se sont servis de MegaUpload pour partager certains travaux, notamment des thèses. L’ensemble des contenus qui étaient hébergés sur MegaUpload n’étant plus accessibles, il y a une vraie perte de contenus.

En résumé : les contenus ne sont plus accessibles mais un gigantesque fichier de personnes aux quatre coins de la planète est désormais entre les mains du “Bureau Fédéral d’Investigation”. Même dans l’hypothèse où les utilisateurs seraient massivement passés par un service comme Paypal, l’expérience a montré que Paypal ne rechigne pas à collaborer activement avec les services fédéraux américains lorsqu’ils en ont l’occasion.

La justice américaine risque d’être débordée dans les mois à venir.

Lire le communiqué du Département de la Justice aux Etats-Unis.

9 replies to this post
  1. Je me suis posé la question aussi, mais compte tenu des moyens dont dispose la justice française, et du nombre d’utilisateurs du service, je suis très sceptique quant à d’éventuelles sanctions vis à vis des usagers…

  2. Rien ne prédit qu’il soit impossible qu’une collaboration entre les services américains  et français ne se fassent.
    Dans un premier temps, ils vont vraisemblablement se tourner vers les gros consommateurs américains mais ne dit qu’ils ne vont pas essayer d’en choper d’autre ailleurs.

  3. Je soupçonne la France de ne sanctionner que les “gros consommateurs”, pour l’exemple. Les “petits” coûteraient chers en frais de justice, pour des dédommagements/amendes limités

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