L’autre marathon : Annecy 2012

Ce week-end, c’était le marathon de Paris, dont la couverture médiatique est à la hauteur du nombre de participants : énorme ! Mais cette année, Locita a participé au Marathon d’Annecy, programmé en même temps que la course de la capitale. Plus confidentiel avec ses 3000 participants (7000 en comptant le semi qui se déroule le même jour), il jouit néanmoins d’une assez bonne réputation, comme en témoigne sa place dans le top 10 des marathons préférés des Français.

Pour cette 33e édition, le soleil n’était pas de la partie et c’est une pluie soutenue qui nous a accueilli à notre arrivée, samedi. Pas grave, le temps de récupérer les dossards, et nous voilà en train de faire la checklist de ce qu’il faudra le lendemain. Les temps de l’antique Philippidès, créateur malheureux de la distance qui y laissa sa vie pour porter la nouvelle d’une victoire de Marathon à Athènes, sont bien loin : désormais le coureur, même amateur, est bardé d’électronique, armé de gels nutritionnels mystérieux et doté d’un équipement aussi technique que les cosmonautes de la NASA. Fort d’une préparation assidue des derniers mois, d’une diététique soignée ces derniers jours et d’un équipement au complet, il ne manque plus qu’une bonne nuit de sommeil pour être fin prêts !

Dimanche matin, la pression monte, et les derniers préparatifs sont un refuge pour l’esprit. Il s’agit d’abord de préparer minutieusement la mixture hyperglucidique qui fera office de petit déjeuner avant de nous mêler à la foule qui converge vers l’avenue bordant le lac. Devant la ligne de départ, malgré la pluie et les 5 petit degrés, une bonne ambiance de franche camaraderie règne, comme souvent sur ces compétitions. Les regards et les sourires se croisent. “Bonne course” lance un jeune, à qui nous répondons malicieusement “bon courage !”. Et c’est parti, sous les encouragements de la foule qui a bravé le temps pour soutenir les proches et amis. Ils auront plus froid que les coureurs, les pauvres !

Quelques minutes plus tard, le temps de trouver le rythme, et les kilomètres défilent rapidement, sur un paysage magnifique : le lac à gauche, la montagne à droite, parsemée de jolies maisons savoyardes. La brume ne permet pas de profiter à fond du panorama, mais ce décor bucolique est ravissant ! Au 15e kilomètre, on croise les fusées kenyanes et éthiopiennes de la tête de course, le parcours décrivant une boucle. Les marathoniens amateurs se transforment un instant en supporters fervents et bruyants des pros dont la foulée de gazelle ne tarde pas à les placer hors de notre vue. Le long de la route, les enfants sont là pour encourager papa ou maman. Le plaisir est au rendez-vous, les kilomètres s’enchaînent sans difficulté, le semi avalé sereinement et la boucle nous mène déjà sur le retour. Sans signe de blessure ou de fatigue prématurée, la course se déroule sous les meilleures auspices, même si les muscles se font plus durs et la démarche moins souple.

Au 30eme, nous sommes certains de finir ce marathon en respectant les objectifs. Au 33eme, le fameux mur nous rattrape, les muscles se remplissent d’acide lactique. Le rythme fléchit sensiblement, il faut baisser la tête et serrer les dents, nos belles certitudes envolées en quelques minutes. Chaque foulée est plus dure, les jambes sont raides et impossible de voir les spectateurs qui pourtant encouragent tous et toutes avec la même ferveur. Les premiers “marcheurs” sont visibles, des coureurs vaincus par la fatigue ou une blessure quelconque : un coup au moral mais il faut tenir bon et ne pas flancher car il serait quasiment impossible de reprendre la course. À l’opposé, de plus en plus de coureurs nous rattrapent et nous dépassent, autre coup dur psychologiquement. Le roseau plie mais ne rompt pas, et pas après pas, mètre après mètre, nous repoussons le spectre de la défaillance en tenant bon, coûte que coûte. Les kilomètres semblent s’étirer, nous perdons beaucoup de temps, mais bientôt le 39eme se profile, puis le 40eme : impossible de lâcher maintenant ! Nous mettons nos dernières forces dans la bataille malgré le vent qui a fini par se lever et qui rappelle qu’il ne fait toujours que 5 degrés.

Les deux derniers kilomètres paraissent interminables, et le chrono mange le peu d’avance qu’il nous restait sur le temps visé. Enfin le dernier virage, la dernière ligne droite et la ligne est franchie ! Nous titubons et nous ruons sur l’eau. Une désagréable sensation que les os sont soudés, et le mélange de pluie et de froid qui nous fait trembler comme un pantin désarticulé. En troquant nos vêtements trempés contre des habits secs, nous soufflons:

Mais qu’est ce qui nous a pris d’aller courir !

Un “finisher” assis à côté répond sur le même ton:

C’est clair, mais qu’on est con !

Comme à chaque fois, nous lâchons :

Bon, c’est la dernière fois, faut vraiment pas être bien dans sa tête pour aller se faire mal comme ça !

Trente minutes plus tard, attablés dans une brasserie fort sympathique, nous savourons un repas bien chaud accompagné d’une pinte de bière bien méritée. Nous réalisons que les objectifs sont tenus à quelques secondes près : 3h29… Un échange de quelques mots avec un coureur plus âgé de 20 ans, qui lui a fini en 3h06 et visiblement en bien meilleur état. Nous refaisons la course, détaillons nos petites manies, et discutons quelques minutes des précédents marathons. La brasserie est remplie d’autres automates aux jambes raidies et sourires radieux.

Pour finir, nous lançons négligemment:

Et pour le prochain, pourquoi pas La Rochelle ?

Crédits photos: marathondulac-annecy.com

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