Lehman, la crise et moi : la BD qui parle aux entrepreneurs

Jeudi 4 octobre est sorti officiellement, “Lehman, la crise et moi”, une BD qui raconte l’histoire d’une PME française face à la crise… Une sorte d’autobiographie écrite par Nicolas Doucerain, président du Groupe Solic, dont l’entreprise a traversé les affres économiques et sociaux de ces 4 dernières années.

Nicolas Doucerain, un entrepreneur, de ces français que l’on retrouve dans l’actualité parce qu’ils partagent leur passion de l’entreprise… et restent sur le terrain quelle que soit la météo.

Intrigué par le support, nous avons lu les 8 premières pages offertes par l’éditeur. Avant de commencer, nous ne présagions pas qu’une BD sur la monde de l’entreprise puisse nous tenir en haleine… Mais l’homme n’en est pas à son coup d’essai en matière d’écriture, puisqu’il édite ‘Ma petite entreprise a connu la crise’ en 2011, ouvrage préfacé par Charles Beigbeder… et nous nous sommes pris au jeu de scènes dynamiques et bien illustrées…

Du coup, nous voici partis à la rencontre de Nicolas, car nul mieux que lui saura nous décrire son engagement :

Locita : Pourriez-vous nous décrire cette BD qui parle de la crise ?

« Lehman, la crise et moi » raconte la tourmente dans laquelle s’est trouvée précipitée une PME de région parisienne suite à la chute de Lehman Brothers, en 2008. Annulation de contrats en cascade, réductions de charges, chômage partiel, licenciements, et finalement redressement judiciaire : le tout en moins de neuf mois… Cette entreprise, Solic, est l’entreprise que je dirige !

C’est donc mon histoire, celle de mes collaborateurs, de ma famille, que raconte la bande dessinée. Les auteurs, Etienne Appert et Florent Papin, se sont appuyés sur mon livre autobiographique « Ma petite entreprise a connu la crise » pour l’écrire. Non seulement la bande dessinée respecte le souci d’authenticité et de justesse du témoignage original, mais elle en rehausse certaines dimensions cruciales, en montrant avec précision le quotidien d’une entreprise, le comportement des salariés, le rôle des délégués du personnel.

Locita : Pourquoi avoir choisi ce support ‘original’ pour communiquer ?

Ce n’est pas un outil de communication à proprement parler. Pas plus que ne l’était le livre dont la BD est tirée. Ces différents ouvrages répondent au besoin de témoigner, encore et toujours, sur les difficultés que peuvent rencontrer les entrepreneurs, sur les solutions qui s’offrent à eux s’ils savent y être attentifs. A ce titre, j’avais conçu mon livre autant comme une thérapie que comme un outil pédagogique à destination de mes pairs entrepreneurs : je sortais en effet d’une épreuve dont je ne me serais pas relevé si je n’avais pas moi-même bénéficié de soutiens extérieurs.

La singularité de la BD par rapport au livre, c’est qu’elle permet de mieux se représenter la vie d’entreprise, mieux adopter le point de vue des salariés, ce qui était plus difficile dans le cadre d’un témoignage rédigé à la première personne du singulier. En cela, les deux ouvrages sont vraiment complémentaires, et offrent une vision assez complète de ce que sont le vécu et le ressenti d’individus confrontés aux turbulences d’une crise économique violente.

Locita : Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?

Le but d’une bande dessinée, c’est d’abord et avant tout de procurer du plaisir au lecteur. Quels que soient le sérieux et l’enjeu du propos, il doit avoir envie de tourner les pages, d’être accroché par l’histoire et l’esthétique. De ce point de vue-là, et d’après les retours que j’en ai, l’objectif est atteint avec « Lehman, la crise et moi ».

Concernant les messages, je dirais qu’il y en a trois :

1. Premièrement, arrêtons de caricaturer l’entreprise comme un lieu de contradiction, d’opposition indépassable entre patrons et salariés, entre prétendus exploiteurs et prétendus exploités. L’entreprise, c’est un collectif de travail où tout le monde est dans la même barque.

2. Deuxièmement, que vous soyez salariés, chef d’entreprise, associés, voyez qu’il est possible de s’en sortir quand tout proclame le contraire. Avec de la ténacité, du discernement, de l’humilité et quelques coups de pouce du destin, rien n’est jamais perdu d’avance.

3. Enfin, ce que dit la BD, comme le récit original d’ailleurs, c’est qu’être entrepreneur est quand même une formidable expérience de vie, qui vaut le coup d’être tentée.

 

Locita : Pensez-vous que la France soit armée pour sortir de la crise ?

Vaste sujet. Je dirais que nous avons beaucoup d’armes efficaces à portée de main : il y a du talent, de l’envie, de la créativité, de l’énergie. La question est de savoir si nous les employons à bon escient, voire si nous savons tout simplement les utiliser… De ce point de vue-là, les mesures annoncées dans le projet de loi de finances pour 2013 me donnent plutôt le sentiment qu’on va piocher dans un vieux stock d’armes, à l’usage certes éprouvé, mais qui ne correspondent absolument plus aux besoins de l’heure, à la nature et à la configuration des combats, pour filer la métaphore militaire.

Augmenter l’impôt sur les sociétés, supprimer la déductibilité des intérêts d’emprunt, réformer l’imposition des plus-values de cessions d’entreprises : tout ceci ne me semble pas aller dans le sens du choc de compétitivité dont les entreprises et toute l’économie française ont besoin – un besoin impérieux, vital.

Locita : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui s’inquiètent du projet de loi de finances pour 2013 ?

Continuez à vous montrer exigeants, à faire valoir votre point de vue en vous montrant convaincants dans l’argumentation et en dépassant des positions de principe teintées idéologiquement. Si les décideurs politiques et technocratiques ne comprennent rien à l’entreprise, eh bien faisons œuvre de pédagogie ! Montrons que nous ne sommes pas la caricature à laquelle ils nous réduisent.

Prouvons qu’être entrepreneur, ce n’est pas juste être mû par l’appât du gain : être entrepreneur, c’est faire mûrir une idée, l’enrichir, la concrétiser, la faire fructifier et l’essaimer, avec des gens autour de soi qui profitent eux aussi de la richesse produite et en font profiter la société dans son ensemble.

Leave a Reply