Subitement, Mario Balotelli devient italien

Disclaimer : Cet article a été écrit par Luca Michetti et traduit de l’italien vers le français par Vanina Brea. Il est publié ici avec leurs accords.

Jeudi 28 juin 2012, grâce aux deux buts qui ont mis KO l’Allemagne dans la demi-finale de l’Euro 2012, Mario Balotelli est devenu le nouveau héros italien.

Des éloges de tous les journaux, du monde de la télévision et des places italiennes bondées de gens qui hurlent ” Si tu sautilles Balotelli marque” (alors que pendant des années on a entendu le choeur chanté ” Si tu sautilles Balotelli meurt”). A Rome, des autobus en joie avec écrit  “SuperMario”, surnom du footballeur italien. En somme, tout notre  pays reconnait enfin aujourd’hui Mario Balotelli comme un vrai italien et comme un symbole national.

Personne, comme par magie, ne se souvient des choeurs racistes que beaucoup lui reservaient dans les stades à travers toute l’Italie, plus personne ne repense aux commentaires des personnes pas très enthousiastes de voir  “quelqu’un de couleur” en équipe nationale, plus personne ne le juge pour la moindre de ses actions.

Ensuite, comment oublier le dessin de Valerio Marini paru sur la “Gazzetta  dello  Sport”, où l’on voyait Balotelli en King Kong, ce qui faisait clairement allusion à une sorte de gros singe.

Arcangelo Muniguerra de “Linkiesta” écrivait à ce propos :

On aurait presque envie de penser que ce dessin nous le méritons, parce que nous avons laissé courir les habituelles moqueries racistes, certains d’être un  peuple mûr ou peut être parce que celui qui a chantonné le petit refrain  l’a fait pour plaisanter… En réalité il y a des choses avec lesquelles on ne peut pas et on ne doit pas plaisanter. A nous maintenant d’espérer que notre jeune champion fasse taire de nouveau tout le monde au son de ses buts et si pour une fois, il a envie d’hurler, de pointer tout le monde du doigt, s’il vous plait, arrêtez Bonucci!

Puis, il y a eu le coup de Massimo Gramellini qui sur “La Stampa” écrivait :

Depuis des années je lis des articles qui augurent la maturité de “Son Indolence” Balotelli et l’annoncent comme imminente, sûre et  hautement probable. Chaque fois qu’il marque un de ses rares mais magnifique but  il y a quelqu’un qui dit : nous y sommes. A chaque fois qu’il démolit sa voiture dans un fossé ou s’endort devant le gardien, il y a quelqu’un  qui dit, peut-être le même, qui se contredit : nous n’y sommes pas, mais  nous y serons. Peu ont le courage d’admettre que Balotelli restera  toujours celui qu’il est : un talent sans caractère, un éternel immature, une magnifique occasion perdue. Je trouve aberrant qu’un demi-champion gagne certaines sommes et il est probable que le  fait de les gagner rende encore plus difficile le bain d’humilité qui peut-être lui  permettrait d’accomplir le saut evolutif. On reste, dur comme fer, accrochés à nos propres incertitudes, au traumatisme de l’enfance (Balotelli en aura plus d’un)…”

Enfin, l’article de Tony Damascelli sur “Il Giornale” :

Mario Balotelli est le classique produit de cette génération qui attend que ça se passe, le cul dans le Nutella. Privilèges, gloire, argent, renommée. Ils n’ont pas de passé, ils ne cherchent pas de futur, ils fréquentent le présent comme si c’était une boîte de nuit, le match de foot et les entraînements sont des happy hours, des moments de distraction et non pas des moments d’investissement réels, profonds, intenses, vécus difficilement. Une génération de capricieux, gâtés, avec les habituelles exceptions qui ne font pas la règle. Personne ne peut remettre en cause le talent de Balotelli, on discute de la façon avec laquelle ce même homme talentueux met en avant ses propres capacités et attitudes. Balotelli sait jouer au ballon mais le football est une chose différente, ceux qui se tabassent ne sont pas des boxeurs, comme celui qui sait bien toucher un ballon n’est certainement pas un excellent footballeur. Balotelli est un pari continuel, à 20 ans il vit déjà de  ses rentes, non seulement financières qui n’est en aucun cas une faute,  bien au contraire. Mais à 20 ans Rivera était Rivera, Messi aussi, Frank Sinatra également et j’en passe et des meilleures… Définir hors classe l’attaquant de Manchester signifie ne  pas avoir de mémoire ou ne pas  avoir étudié le football. Mais l’Italie d’aujourd’hui a besoin de ce type, de la physicité (un terme honteux) en oubliant souvent que dans ce jeu le phosphore a plus d’importance que le muscle.

Grâce aux deux buts d’hier, Balotelli est né à nouveau, ou mieux encore, il lui a été enfin reconnu le droit d’être italien.

Je [NDL : l’auteur original de ce texte] suis content que ce soit lui le symbole de cette Italie (jusqu’à  présent) vainqueur. Je suis très heureux que l’image la plus nificative de l’euro soit Mario qui va pour prendre dans ses bras sa  mère “adoptive” à la fin du match d’hier. Tout cela devrait faire  réfléchir beaucoup d’italiens sur le racisme, sur les les immigrés et les enfants adoptés comme Mario.

En Italie, donner une licence à un petit jeune extracommunautaire, même né dans un quelconque hôpital de notre Etat, est, pour l’association sportive, un parcours du combattant. Pour un enfant italien il suffit d’une déclaration des parents, pour les “étrangers” le parent extra-communautaire, qui se rend au siège de la “x” association sportive pour faire jouer son propre fils, doit remettre deux feuilles remplies  de documents à produire. Tout cela même si le fils est né en Italie et qu’il a déjà joué au foot. En outre, tout cela doit être refait chaque année. Les documents à produire sont :

  • une déclaration du  footballeur sur d’éventuelle licence à l’étranger,
  • l’inscription scolaire,
  • une preuve de naissance et de nationalité du footballeur (acte de naissance délivré par le mairie du lieu de résidence s’il est né en Italie ou un document qui prouve de toute façon la naissance.

Ensuite, il faut fournir :

  • la pièce d’identité du footballeur et de ses parents,
  • le lieu de résidence,
  • la situation familiale et
  • la preuve du séjour en Italie du jeune ou des  parents (en d’autres termes le permis de séjour)

Enfin, le tout est envoyé à Rome à la Lega Calcio au lieu du siège provincial comme pour un quelqu’autre enfant italien. Les temps d’attente sont longs, entre un et trois mois. Lorsqu’il faut se faire envoyer les documents depuis le pays d’origine, cela est encore plus long et difficile à obtenir.

Celui qui est en paie les frais est évidemment l’enfant qui s’entraîne pendant des mois sur des petits terrains mais qui ne peut pas se rendre le dimanche sur le terrain avec le maillot de son équipe et de ses amis.

Ce règlement est imposé par la FIFA, parce que l’Italie est un pays dans lequel on ne donne pas la  nationalité à tout ceux qui y naissent, mais  elle est concédée, comme beaucoup le savent, par droit du sang.
Le règlement FIFA établit que “la première licence d’un mineur italien puisse être effectué seulement si le jeune est arrivé dans le pays de  destination avec les parents ou pour des raisons indépendantes du football” (norme créée pour combattre la traite des jeunes  footballeurs).

Au cours de cet Euro ils étaient là eux aussi pour supporter les azzurri : les nombreux enfants étrangers, nés en Italie ou pas, qui, comme nous  tous, s’émeuvent et souffrent pour soutenir leurs propres  champions.

Certainement, tous ces petits joueurs, auront supporté Balotelli, un jeune gamin italien, d’origine ghanéenne, qui grâce à ses buts est devenu leur héros, en espérant un jour pouvoir en suivre les traces.

EDIT : Mario Balotelli n’a pas brillé lors de la finale de l’Euro qui a été gagnée par l’Espagne hier soir.


Crédits photos : facebook.com/AfterFootRMC

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