Stade de Reims, champagne!
Reims-Lens. Coup de sifflet final de final. Le public d’Auguste Delaune peut à nouveau laisser exploser sa joie. Il flotte [...]
Recordman de France Espoir du 50km, principal concurrent en France de Yohann Diniz, Bertrand Moulinet est à 24 ans la valeur montante de la Marche Athlétique tricolore. Discret, Bertrand fait partie de ces athlètes d’endurance qui repoussent toujours un peu plus leur souffrance dans des efforts aussi longs qu’intenses. Et à 5 mois de ses premiers JO à Londres, Bertrand revient pour Locita sur son sport, les JO et sa rivalité avec Yohann Diniz. Décryptage.
Locita : Peux-tu nous parler avant tout de ton parcours et de comment tu en es venu à la marche athlétique ?
BM : Je suis issu d’une famille de sportif puisque mon père était un ancien marcheur de haut niveau, il était en équipe de France puis il s’est mis au marathon. Et depuis que l’âge de 4 ans il m’a initié au sport. J’ai commencé par le vélo en compétition. Après avoir été junior, j’ai voulu arrêter le vélo de compétition à cause de problèmes de santé. Et je suis rentré en école de Police. Je n’avais plus le temps de m’entraîner mais je ne voulais pas m’arrêter pour rien faire, donc j’ai voulu m’essayer à la marche athlétique. Rapidement j’ai montré de bonnes prédispositions physiques et puis j’ai enchaîné et j’ai eu rapidement de bons résultats. Ce qui fait qu’en 5 ans j’ai beaucoup progressé et je me retrouve maintenant à préparer les jeux
olympiques sur 50 KM !
Locita : Et pourquoi la marche athlétique plutôt que la course à pied ?
BM : C’est pas du tout le même effort, il faut vraiment essayer pour comprendre ce que c’est ! La course à pied est vraiment un effort intensif où dès que l’on court on a tout de suite le cœur qui bat très fort, c’est vraiment très intense comme effort. Tandis que la marche c’est plus un effort de fatigue. Celui qui gagne c’est celui qui saura repousser le plus loin les limites de son corps et de la fatigue. C’est vraiment un effort d’endurance… On doit être assez costaud pour marcher vite et en même temps tenir dans la durée. Ce n’est pas comme la Course à Pied où vraiment on court avec son cœur.
L’allure de notre marche peut paraître bizarre !
Locita : Quel regard portes-tu sur ton sport qui peut faire sourire ceux qui ne le connaissent pas vraiment où tombent dessus par hasard à la télé…
BM : Je n’ai jamais compris pourquoi cela faisait rigoler ! Maintenant, on ne peut pas empêcher les gens de penser ce qu’ils veulent, tant mieux d’ailleurs ! Je n’en pense finalement rien. Je trouve que mon sport est quelque chose de beau même si pour certains l’allure de notre marche peut paraître bizarre, mais bon pour moi c’est un des mouvements les plus naturels puisque un bébé quand il commence à marcher il ne se met pas tout de suite à courir ! Pour moi c’est seulement l’expression d’un mouvement naturel poussé à son paroxysme !
Mettez vous à marcher dans la rue, il vous suffit juste de commencer à accélérer le pas pour que vous soyez obligé de déhancher un peu pour gagner quelques centimètres par foulée. C’est ce qui permet d’aller plus vite…
Locita : Tu as aussi fini 23ème aux mondiaux de Daegu sur le 50 km… Quel souvenir gardes-tu de cette première grande compétition internationale ?
BM : Je tire un bilan finalement assez mitigé de ces mondiaux. C’était avant tout une très bonne expérience avant les JO et les prochains Championnats du monde car c’est quand même quelque chose de spécial, loin d’une compétition « normale ». On vit dans un village pendant 10 jours loin de chez soi : je n’étais ni avec mon entraîneur ni avec mes proches, j’étais tout seul au milieu de l’Equipe de France. On est mélangé avec tous les athlètes de toutes les disciplines de tous les pays et on se retrouve tous à la cantine par exemple. C’est quelque chose de vraiment spécial comme fonctionnement. Cela m’a en tout cas permis de voir comment ça se passait.
Pour ce qui est de l’épreuve en elle-même j’ai été « choqué », c’est bien le mot , car avec mon record personnel de ce début d’année, je pouvais légitimement espérer être dans les 15 premiers et au mieux dans les 10 voire même jusqu’à la 8ème place, en bénéficiant de grosses circonstances de course mais j’ai été surpris. En partant je me suis tout de suite retrouvé en 30è position alors que j’étais sur des bases plus élevées que celles de mon record ! C’est parti très vite, je ne m’y attendais vraiment pas !
Le bilan que j’en tire est que j’ai engrangé de l’expérience. Mais c’est dommage car les 6 mois précédant la compétition j’étais vraiment pas bien, la compétition s’est mal passée et ça a pas loupé ! J’ai été bien pendant 35 km et derrière ça a coincé.
C’est ça la différence aussi avec la course à pied. En marche athlétique, quand on a plus de force on avance plus du tout.
Pas d’objectif de place, un objectif de chrono.
Locita : Comment s’est passé ton début d’année avec en ligne de mire Londres ?
BM : Comme l’année dernière j’ai réalisé les minimas pour les Jeux – on est trois français à les avoir réalisés pour 3 places et que normalement je suis numéro 2 , ma place est donc quasi assurée pour les JO. C’est donc pour moi un luxe de pouvoir passer tout un hiver à se préparer sereinement. Cela m’a donc permis de commencer à me préparer dans les bonnes conditions et surtout de me reposer après les championnats du monde. J’ai pris 3 mois durant lesquels je me suis vraiment reposé physiquement et psychologiquement car la machine était vraiment fatiguée après les Championnats du monde… Donc j’ai profité de ce repos pour enchaîner sur un bon hiver. Et d’ailleurs en quelques mois d’entraînement j’ai retrouvé un niveau convenable puisque le week-end dernier j’ai fait un 5 000 mètre de reprise en salle avec un record personnel à la clé (19’20). C’est donc du positif pour la suite de la saison.
Locita : Quelles sont les prochaines grandes étapes pour toi avant les JO ?
BM : Justement ayant la chance d’avoir déjà réalisé les minimas, je n’ai plus de 50 km à faire cette année mis à part les JO. C’est vraiment un gros plus car j’arriverais à cette compétition en pleine possession de mes moyens. Je suis au début de ma préparation. J’ai vraiment passé deux à trois mois à essayer de retrouver une forme convenable pour pouvoir attaquer maintenant une préparation plus spécifique. Là, je vais faire ma rentrée sur 20km dans un mois à Lugano en Suisse dans le cadre du Challenge Européen de Marche. Et je vais prendre part à plusieurs compétitions comme celle là, dont une en avril en France et une en mai à l’occasion de la Coupe du monde avec l’Equipe de France en Russie.
Locita : Et quel est ton objectif pour Londres ?
BM : C’est difficile à dire car justement avant les Championnats du monde de Daegu je m’étais référé aux bilans mondiaux. Or il s’avère que les résultats sur le papier ne traduisent pas ce qu’il se passe pendant la course.
Pour les JO, c’est la même chose. Si je regarde les historiques, avec le chrono que je vise je pourrais finir 8ème au mieux. Mais le problème c’est qu’un chrono ne me donnera pas forcément la place. Il y aura des circonstances de courses, des choses qui se jouent dans la tête et qui peuvent tout changer… Mais bon, j’ai finalement pas d’objectif de place, j’ai vraiment un objectif de chrono. Je vais me concentrer sur ma propre course. A la limite je regarderai où sont mes adversaires à partir du 40ème km et puis je verrai les places que je pourrais grappiller !
Avec Diniz on a des relations toutes simples.
Locita : Yohann Diniz est le porte-drapeau de ce sport en France. Comment vis-tu pour l’instant le fait d’être plus en retrait et de bénéficier de moins d’exposition que lui ?
BM : Bénéficier de moins d’exposition ne me gêne pas car si je courrais après la notoriété j’aurais fait acteur de cinéma ! Il est cependant sûr que l’on aimerait toujours être le numéro 1 c’est vrai.. Mais c’est juste une étape à passer. Ses résultats ne me dérangent pas ; Pour le moment il est beaucoup plus fort que moi , je ne peux pas encore rivaliser avec lui. La seule chose que j’ai à faire c’est de me concentrer sur mes résultats, pas les siens, et sur ma progression. Après quand j’arriverai à son niveau alors oui, peut-être que je commencerai à m’y intéresser et prétendre à des contrats de sponsoring. C’est à moi de tout faire pour arriver à ce niveau.
Locita : Quelle relation entretiens-tu avec lui en temps que partenaire en équipe de France mais aussi concurrent direct ?
BM : Je suis son concurrent direct au niveau français, car au niveau international… (sourire)
Le problème est qu’à chaque fois que l’on se rencontre, c’est dans un climat de rivalité : je cours contre lui donc on ne peut forcément pas être de grands amis.
Et après tout dépend des personnalités de chacun, il y a des gens qui s’entendent plus ou moins bien que d’autres. Il est toujours difficile d’entretenir des relations d’amitié dans un monde de compétition. On a donc des relations toutes simples, bonjour / au revoir et puis voilà !
Locita : L’équipe de France d’Athlétisme est repartie de Daegu avec 4 médailles. Peut-elle frapper plus fort à Londres selon toi ?
BM : Je ne m’entraîne pas avec eux donc difficile de faire des prédictions ! Cela dépendra de leur état de forme… Mais ils pourront faire mieux comme moins bien, et c’est cela le problème de la compétition et de l’athlétisme. C’est un sport « mondial » avec des nations de tous les continents qui émergent au plus haut niveau et un grain de sable peut faire passer de la première place à la dernière place… Donc la réussite de l’EDF dépendra de beaucoup de choses…
Locita : Est-ce que selon toi Christophe Lemaitre peut encore se rapprocher des meilleurs et faire mieux qu’à Daegu ?
BM : Je ne le connais pas vraiment, mais il est très jeune et talentueux ça saute aux yeux ! Il n’y a pas de raison qu’il ne progresse pas encore cette année. Le problème est qu’il n’a jamais participé aux JO et de ce que l’on sait des anciens athlètes, c’est vraiment quelque chose de spécial. Le manque d’expérience pourrait lui faire défaut. C’est donc à lui de voir si psychologiquement il pourra gérer cela et pouvoir délivrer tout ce dont il est capable.
Locita : Et toi, qu’est ce que les lecteurs de Locita Sports peuvent te souhaiter pour cette année ?
BM : D’être en bonne santé ! De ne pas me blesser et de ne pas tomber malade, j’ai juste besoin de ça ! Après le reste je m’en occupe ! Je vais m’entraîner et faire en sorte que tout se passe bien pour les JO.
Crédits photos : Isostar.fr, 20minutes.fr, Sport24.com
Actuellement Chef de produits International pour la mar...

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