Ce que l’eurovision peut nous apprendre sur le monde du travail

Partant de la victoire de la Suède à l’Eurovision 2012, tentons d’établir un parallèle avec le monde du travail.

Il ne s’agit pas de se positionner sur l’appréciation de la chanson gagnante (des goûts et des couleurs, on ne discute pas) ni même sur l’intérêt concernant le concours même ; l’objet de cet article est tout autre.

Samedi soir (26/05/12), 26 pays ont participé à la finale du concours Eurovision de la chanson. Et c’est la chanteuse suédoise Loreen qui a emporté la victoire haut la main.

Mais qu’est-ce qui explique cette réussite ?

Tentatives d’explication…

Autrefois, le concours ne réunissait qu’une petite vingtaine de pays, et lors de chaque édition, seule une poignée d’entre eux envoyait une bonne chanson (comparé aux autres dont la qualité était plutôt moyenne, voire quelquefois mauvaise). Il était alors « facile » de se hisser vers le haut du classement (à condition de s’en donner les moyens). En effet, à l’époque, l’ingrédient fatal du succès résidait dans une chanson rythmée et dont l’air était facile à retenir pour le grand public.

Mais les temps ont bien changé ! 42 pays prennent part au concours (demi-finales y compris), et seules les meilleurs d’entre eux accèdent la finale. Ce qui signifie qu’au lieu d’avoir par exemple 5 pays sur 20 qui disposent d’une chanson valable, on est plutôt dans la situation où 26 pays sur… 26 ( !) envoient une bonne chanson (à quelques exceptions près, bien sûr). La plupart des participants déchus peuvent s’étonner, voire se scandaliser en arguant du fait que leurs chansons étaient pourtant de bonne qualité, que tout était parfait, que la performance était irréprochable… Et pourtant, cela ne porte pas ses fruits.  Le problème, c’est que les autres pays en font autant ! Face à une telle concurrence, il devient très difficile de sortir du lot.

Analysons de plus près le cas de Loreen, gagnante de l’édition 2012.  En observant sa prestation, certains éléments différenciateurs apparaissent :

  • Retour à l’essentiel 

À l’inverse de la plupart des autres candidats, Loreen ne s’encombre pas de choristes, d’objets superflus, ni même d’une kyrielle de danseurs (un seul danseur la rejoint à la fin de la chanson, mais n’occupe pas une place centrale) ;

  • Univers singulier 

Chorégraphie davantage artistique que commerciale, pas d’image de fond sur écrans géants, spotlights peu nombreux et partant de l’arrière donnant un aspect de pénombre ;

  • Focus 

Investissement d’un espace minimal, prises-caméras de près, tout est fait pour capter l’attention sur elle et scotcher le téléspectateur.

Bref, plutôt que de vouloir jouer dans la même cour, l’artiste sort du cadre et propose quelque chose de différent, bien loin du style eurovision habituel :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=bocv_oBdVWY[/youtube]

Maintenant, voyons ce que l’eurovision peut apporter comme enseignements dans un contexte de travail.

Entre le concours et la vie professionnelle, plusieurs points communs se dessinent :

  • Critères d’appréciation accrus

Hormis la compétence métier, nombre d’éléments se rajoutent à la liste (toujours plus longue) des critères d’évaluation : connaissances linguistiques, compétences comportementales, attitude réseau, charisme, … ;

  • Excellence comme nouveau standard

Être compétent, fournir des bonnes performances, répondre aux attentes,… tout cela est à présent considérant comme normal.  Il ne suffit plus de bien « bosser », de « mettre le paquet », car les autres en font autant ;

  • Rude concurrence

Corolaire du point précédent : l’indifférenciation. Dans la plupart des cas, il existe d’autres individus disposant des mêmes capacités (effectives ou potentielles) ;

  • Innovation

La clé du succès ne consiste plus à reproduire l’existant, mais à concevoir du nouveau, du différent, et créer l’effet de surprise.

Dans ces circonstances, que faire pour avoir sa place ?

Avant toute chose, il ne faut pas se soustraire à répondre aux standards de compétences attendus (ils sont là, qu’on le veuille ou non).

Par contre, on notera que la course à la perfection, l’attitude du « toujours plus, toujours mieux » a ses limites. En effet, tôt ou tard, l’effet de plafond est inévitable.

Les critères de performance sont simplement là pour nous guider, ils nous donnent la direction à emprunter, mais pas vraiment la destination.

Une nécessité se dégage : savoir se re-centrer, manifester sa personnalité authentique, et oser adopter son propre style.  Car au fond, l’entreprise peut fonctionner avec des « profils standards » (qu’elle produit parfois de toute pièce), mais a bien plus à gagner avec des « personnalités » singulières.

Crédits photos : francetv.fr, melty.fr

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