Rencontre avec Thibaud Clément du Projet DODEQA : 12 mois, 12 villes, 12 objectifs

Thibaud Clément, 24 ans, s’est lancé en octobre 2011, dans un tour du monde de 12 mois à la rencontre d’acteurs du web mondial, dans le but de peaufiner son projet entrepreneurial, mais aussi de parcourir la planète d’une façon originale.

Locita – Thibaud, peux-tu nous parler ton projet ?

Le Projet DODEQA, c’est 12 mois, 12 villes, 12 objectifs. L’idée est d’utiliser le voyage comme un vecteur de rencontres et de développement pour apprendre ce que je n’ai pas eu l’opportunité d’apprendre jusqu’à présent : de la photographie au Mandarin en passant par le Kite Surf et le développement informatique !

Locita – D’où t’est venue l’idée et comment l’as tu mise en place ?

En août 2011, alors que je terminais un MBA à l’Université d’Ottawa, j’ai eu la chance de participer à un projet de consulting chez Shopify, une solution SaaS eCommerce. A la suite de ce projet, j’ai réalisé que l’eCommerce était au croisement de ma passion pour le web et de ma formation en marketing, tout en constituant un chemin intéressant vers l’entrepreneuriat. Souhaitant en apprendre davantage dans le domaine du commerce électronique, j’ai décidé de créer un programme d’apprentissage sur mesure, qui me permettrait d’apprendre précisément ce dont j’avais besoin, d’une manière unique : le Projet DODEQA était né.

Très tôt, j’ai pris la décision de financer personnellement le projet, sans faire appel à des sponsors et ce pour trois raisons. D’abord, j’ai eu la chance d’être beaucoup aidé par mes parents au cours de mes études, ce qui m’a permis de ne pas avoir d’emprunt étudiant à rembourser. Ensuite, je voulais être indépendant, aussi bien intellectuellement que physiquement, sans avoir à promouvoir une marque en particulier, à travers mon blog ou au cours d’événements commerciaux. Enfin, il était très important pour moi de m’investir à 100% dans le Projet DODEQA, y compris financièrement : c’est ma façon de montrer que je suis convaincu du bien fondé de ma démarche et que je ne suis pas simplement en train de siroter des cocktails à l’autre bout du monde grâce à l’argent d’une entreprise.

Locita – As-tu rencontré des galères au cours de ces premiers mois sur les routes du monde ?

Sans parler de galères, je pense que le logement est une vraie préoccupation : c’est véritablement l’élément décisif à maîtriser dans chaque ville, car cela conditionne la perspective que l’on peut avoir du lieu. A Séoul par exemple, cela a été mouvementé : je suis arrivé dans une guest house, puis j’ai loué un appartement, puis je suis allé dans un hôtel et enfin, une personne formidable m’a généreusement prêté son appartement pour les vacances de Noël. A Tokyo, j’ai vécu trois semaines dans une chambre de 11 m2, salle de bain comprise, mais le tout était propre et confortable. A l’inverse, à Hong Kong, où je suis arrivé en plein Nouvel An Chinois, alors que les températures étaient les plus basses de l’année et que très peu d’appartements disposent d’un chauffage. Pendant plusieurs nuits, j’ai dû dormir tout habillé, sans compter que la pièce était très humide, au point de faire pourrir une paire de chaussures. Le logement est réellement le point à maîtriser pour que le voyage se passe le mieux possible.

Locita – Sais-tu ce que tu feras en rentrant en France ? D’ailleurs rentreras-tu ?

Excellente question ! Mon retour est prévu pour la fin du mois d’octobre 2012 : je quitterai Sao Paulo en direction de Paris et resterai au minimum deux mois, histoire de passer les fêtes en famille, car cela fait deux ans que je suis à l’étranger au moment de Noël. Ensuite, il est fort probable que je reparte, soit sous un format de voyage semblable, soit en tant qu’expatrié.

Pour la suite, je travaille en ce moment-même sur plusieurs projets. Une problématique m’intéresse beaucoup : comment faciliter l’eCommerce pour les personnes et les entreprises qui trouvent le web attirant mais complexe : autrement dit, comment permettre à des PME d’accéder à Internet en tant que canal de vente, sans qu’ils n’aient à se soucier de la gestion d’un site. C’est par exemple ce que fait mon amie Noémie Coyot, fondatrice de SocialBonjour.fr, avec les media sociaux : en tant que Community Manager freelance, elle gère les comptes de nombreuses petites entreprises qui ne seraient pas forcément présentes sur ces plateformes de communication sans cela. Comme Noémie voyage avec moi, nous pourrions proposer une gamme de services plus large.

En parallèle, étant un véritable passionné de cuisine et de vins, je réfléchis à une solution permettant de partager la culture, le savoir-faire et les produits français aux quatre coins du globe… L’eCommerce semble tout désigné pour cela !

Locita – Cite-nous tes 3 plus belles rencontres ?

En cinq mois de voyage, j’ai rencontré plus d’une cinquantaine de personnes aux parcours, aux spécialités et aux aspirations tout à fait différentes. Chacune a joué un rôle particulier et m’a appris quelque chose sur le business, la technologie ou sur moi-même.

Dès le deuxième mois, j’ai eu la chance d’interviewer Frank Lavin, PDG d’Export Now, une entreprise basée à Hong Kong aidant les firmes américaines à pénétrer le marché chinois de la vente en ligne. Frank a un parcours absolument fascinant, en ceci qu’il a été Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique à Singapour puis Secrétaire d’Etat au Commerce pour les échanges internationaux. Par la suite, j’ai eu la chance de déjeuner avec cet homme, qui m’a beaucoup appris sur les tendances économiques actuelles dans le monde en général et en Asie en particulier.

A Séoul, puis à Bangkok, j’ai respectivement rencontré Olivier Mouroux, PDG d’Asiance et Frédérick Besson, PDG de Bel Perfumes, avec qui j’ai pu échanger sur des thèmes qui me tiennent à cœur, tels que l’entrepreneuriat, le bootstrapping, l’expatriation et l’esprit d’initiative. Tout deux m’ont également beaucoup aidé pour la suite du périple et je les en remercie énormément. Deux rencontres formidables.

Locita – Quelle différence vois-tu entre l’eCommerce en France et dans les autres pays visités ?

C’est une vaste question à laquelle j’essaie de répondre à travers mes diverses rencontres. Voilà ce que j’ai pu observé jusqu’à présent.

En France, en Europe et en Amérique du Nord, l’eCommerce est un canal d’achat presque comme les autres : les consommateurs à la recherche d’un produit consultent les sites de vente en ligne pour rechercher de l’information, comparer et acheter. En Chine par exemple, si cette dimension existe, il se déroule également un phénomène tout à fait fascinant : la population chinoise étant très concentrée dans les grandes agglomérations, les enseignes de grande distribution ne s’implantent que très peu dans les zones rurales reculées. De plus, le réseau logistique est un des plus efficaces et bon marché du monde. L’eCommerce s’est donc imposé comme la solution la plus pratique pour les populations vivant en dehors des grandes villes, leur permettant  d’accéder à la consommation de toutes sortes de biens de consommation et d’équipement.

L’environnement technologique de chaque pays joue également un rôle très important dans le développement de l’eCommerce. En Corée du Sud par exemple, le référencement naturel n’existe tout simplement pas : pour apparaître dans les moteurs de recherches, les entreprises doivent miser sur l’achat de mots-clés, sur les « cafés » (équivalent des pages Facebook) des deux principaux moteurs de recherche nationaux Naver & Dawn ou espérer que les internautes taperont l’adresse exacte de leur site. C’est un réel challenge pour les eCommerçants. Au Japon, où la technologie mobile est très avancée, l’essentiel des transactions se font via les smartphones : le shopping en ligne est un loisir à part-entière du quotidien des japonais. Enfin, en Thaïlande, l’eCommerce n’en est encore qu’à ses débuts, notamment en raison d’un réseau téléphonique peu moderne.

Toutefois, il existe un paramètre commun à tous les pays : la croissance. L’eCommerce progresse dans l’ensemble des pays, notamment en Chine où le chiffre d’affaires généré par le commerce en ligne a augmenté de 45% en 2011 par rapport à 2010, comme l’indique cette superbe infographie de mes amis de chez Them, rencontrés à Pékin.

Locita – Peux-tu nous parler de tes sites Candyscovery et Friends, Family & Fools ?

Avec plaisir ! Ces deux projets sont nés dans l’optique d’appliquer ce que j’apprends chaque jour et d’accumuler une expérience pratique dans le domaine : ainsi, je découvre la publicité AdWords et Facebook, les challenges du référencement, de la communication auprès des médias, la logistique, les calculs de marge, l’inévitable taux de transformation et la gestion du service clients. C’est très riche d’apprentissage !

Candyscovery est un service de dégustation de confiseries artisanales en provenance des quatre coins du monde. Chaque mois, je découvre un confiseur local qui fabrique des bonbons et expédie une sélection – surprise – de ses produits à mes clients, qui les reçoivent sous 10 jours ouvrés maximum. Le but est réellement d’offrir une expérience unique, sous la forme d’un abonnement mensuel (sans engagement bien entendu !).

Friends, Family & Fools est une initiative visant justement à encourager les initiatives : il s’agit de T-shirts en coton biologiques, imprimés aux Etats-Unis, sur lesquels sont apposés des messages de motivation. Les citations, imprimées à l’envers, sont vouées à susciter l’étonnement de ceux qui regardent le T-shirt et à débuter une conversation avec celui qui le porte. Une idée assez excentrique que j’aime beaucoup !

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