Locita est partenaire du Web2Day à Nantes les 31 mai et 1er juin
Le Web2Day est un événement dédié à l’innovation web et numérique, avec des conférences, ateliers, tables rondes et autres activités, [...]
FICTION
Nice, janvier 2018, 19h30
Anthony vient d’arriver à l’hôtel Negresco de Nice entièrement refait selon la tendance “néodigital” lancée il y a 2 ans. Elle est devenue la norme internationale d’interaction entre les personnes, les bâtiments et les entreprises. Il sort machinalement son terminal multifonctions Nokia pour détecter les services interactifs disponibles dans le hall de l’hôtel. Check-in, conciergerie, room service, casino en ligne, taxis… du classique. Il choisit sa chambre, récupère sa clef et commande un repas pour 20h avec sa fausse identité virtuelle permanente.
Criminel financier le plus recherché au monde, spécialisé dans le blanchiment d’argent, Anthony est toujours amusé par l’inefficacité des systèmes de surveillance. Il bénit le jour où il a décidé de suivre un stage commando de 2 semaines dans l’une des meilleures écoles de protection de l’identité numérique.
Il y a 10 ans quand on voulait disparaître, il suffisait d’aller voir un chirurgien esthétique, obtenir une fausse carte d’identité et le tour était joué. Aujourd’hui, dans un monde où l’identité numérique est plus importante que l’identité physique, c’est une autre paire de manches. Et ces stages sont maintenant interdits par la loi. Car le monde a changé.
Ceux qui maîtrisent le numérique ont un potentiel décuplé, jusqu’à pouvoir franchir les limites de la légalité, car leur connaissance du System, le réseau mondial de surveillance, leur permet de le maîtriser. Les autres, vivent au contraire une oppression et des contrôles permanents, facilités par l’accés continu à leur identité numérique qui cumule chaque jour de plus en plus de traces de tous leurs actes quotidiens.
Tout a commencé en 2013 avec la nouvelle version de Facebook, Facebook Live. Née du rachat de Microsoft par Facebook. Tout le monde trouvait amusant de pouvoir partager tout et n’importe quoi avec ses amis, comme son temps de brossage de dents grâce à une brosse à dents reliée à Internet. Les terminaux Nokia et la nouvelle Xbox Kinect étaient devenus des portes d’entrée dans ce monde numérique qui nous accompagnait partout et permettait d’augmenter la réalité d’information. Tous les produits ont commencé leur surenchère pour s’interconnecter à Facebook Live, qui est devenu rapidement le premier aggregateur universel d’événements personnels. Le moteur de la ville intelligente et sociale. A tel point que la majorité des équipements de tous les jours, du frigidaire à la voiture en passant par les chaussures, n’avaient même pas d’option pour empêcher le partage d’informations.
C’est en 2015, quand les premiers programmes intelligents totalement autonomes ont commencé à se déployer, que les citoyens ont commencé a être plus nombreux à vouloir maîtriser ce phénomène. Ces programmes, marketing au départ, développés pour de l’analyse comportementale, ont rapidement été détournés pour de la surveillance. Se déplaçant de base de données en base de données, tels des cerbères, ils poursuivaient la finalité de ceux qui les contrôlaient.
Des années auparavant, en France, Hadopi avait ouvert la marche en donnant une légalité à l’analyse des traces numériques dans la musique, puis rapidement les films et livres ont suivi. Le précédent était là et ce qui avait été vu comme une entrave à la vie privée, comme l’analyse des heures d’ouverture et de fermeture de toutes les portes et fenêtres de son domicile, était devenu une banalité en 2015 pour les entreprises offrant des services de surveillance intelligents. Au contraire, une loi en cours d’élaboration propose de reconnaître l’entrave à l’analyse des données numériques comme un délit.
La vague des révolutions démocratiques commencées en 2011 était devenue de plus en plus difficile à maîtriser par les gouvernements. L’échec des tentatives de loi de régulation de l’Internet initiées par SOPA aux États-Unis puis ACTA, ont très vite montré aux dirigeants l’intérêt qu’ils avaient à nationaliser Facebook Live. A défaut de le réguler, contrôler une partie essentielle de l’Internet, sa chambre d’enregistrement et d’accès aux services, était une pièce maîtresse.
Ce fut un montage un peu compliqué pour créer une structure capitalistique internationale contrôlée par les principaux États, mais les fonds souverains des pays du Golfe ont mis leur expérience et leur manne financière dans la corbeille de la mariée. Une organisation numérique mondiale était née au service des États.
Ensuite, rien n’a changé puisque tout ce qui permettait déjà de tout surveiller avait déjà été mis en place par les citoyens eux-mêmes. Ah si, une chose, le nom du réseau. Les nostalgiques connaissent encore le nom de Facebook, mais il est devenu le “System”. Un nom bien pratique qui ne veut rien dire et se prononce dans de nombreuses langues.
Perdu dans ses pensées sur ces évolutions de la société, Anthony fut surpris quand on tapa à la porte de sa chambre. Pas de panique, c’est la livraison du repas par le service d’étage. Ponctuel, comme tous les services complètement numérisés et gérés par le System.
Mais le System n’était pas infaillible. Anthony savait comment cacher de l’information dans le System grâce à une fausse identité virtuelle permanente. C’est ce qu’il avait appris pendant son stage. Il avait aussi le moyen de communiquer de façon sécurisée avec le groupe d’activistes qu’il avait rejoint il y a quelques années. Un groupe qui utilisait Twitter, un réseau à base de messages courts de 140 caractères qui fonctionnait y compris sur des terminaux d’anciennes générations non-contrôlées par le System, et dont certains serveurs avaient été isolés du System alors que d’autres servaient de leurres.
Anthony était venu à Nice pour effectuer la mise en service d’un nouveau site de ce réseau. Ici même au cœur du “Negresco neodigital” dont le système informatique sophistiqué permettait d’y cacher des ressources clandestines. Chaque nouveau site renforçait le réseau Twitter et donnait un peu plus d’espoir à ceux qui souhaitaient couper leur chaîne numérique. Et leur nombre était grandissant.
Il se souvient, il y a 5 ans seulement, quand il était l’un des seuls à se méfier des risques de dérive. Tout est allé si vite.
Passionné de technologies et d'innovation, Frédéric ...

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